Une courge coureuse tient sur un mètre de treillis
La butternut est une variété coureuse de la courge musquée (Cucurbita moschata). Sa tige principale s’allonge de plusieurs mètres et, livrée à elle-même, elle rampe, s’enracine aux nœuds et finit par occuper toute la planche. Dressée sur un support, la même tige pousse en hauteur et le potager récupère la surface qu’elle monopolisait au sol. Sur un carré de potager, un balcon, une bande de terre étroite le long d’un mur, le treillis est souvent la seule façon de loger une courge.
Le palissage change aussi le travail de fin d’été. Les fruits arrivent à hauteur de main, on les surveille sans écarter les feuilles, on les coupe sans se pencher. Le feuillage dressé sèche plus vite après la rosée, et l’oïdium, qui s’installe sur les feuilles de courge quand l’air reste humide, trouve moins souvent les conditions qu’il aime. Les gestes qui le freinent sont détaillés dans prévenir l’oïdium sur les courges.
Un treillis de deux mètres, ancré pour trois kilos
Un grillage rigide à mailles de dix centimètres, un treillis en bois ou trois tuteurs reliés par des traverses font l’affaire. Comptez deux mètres de hauteur : la tige s’arrête au sommet, alors qu’un support plus bas oblige à la laisser retomber en chapeau. Prévoyez l’ancrage en même temps que la hauteur. La structure encaisse le poids des courges et la prise au vent d’un feuillage large, et un montant simplement posé au sol se couche au premier orage. Enfoncez les pieds de trente à quarante centimètres, ou fixez le treillis contre un mur, une clôture, un appentis. Les matériaux possibles et leur mise en place sont détaillés dans construire une structure pour les courges.
Le principe vaut pour toutes les lianes du potager. Un kiwi, dont les charpentières portent plusieurs dizaines de kilos de fruits, demande des poteaux scellés dans le béton et des fils tendeurs : les repères de fabrication sont dans notre guide du support pour kiwi.
Le poids d’un fruit dépend de la variété. La Waltham, la plus répandue dans les catalogues, donne une courge en forme de bouteille qui peut atteindre quarante centimètres de long et trois kilos. La Ponca est plus précoce et produit un fruit plus petit, plus facile à soutenir. Dès qu’une courge se forme en hauteur, glissez-la dans un filet à provisions ou un carré de tissu noué au treillis, comme un hamac. La queue du fruit travaille moins, la tige ne casse pas, la courge ne tombe pas sur les plants du dessous. Les vrilles s’accrochent seules ; un lien souple tous les trente à cinquante centimètres suffit à tenir la tige contre le support.
Un mètre entre deux plants, deux mètres entre deux rangs
Palisser ne veut pas dire serrer. La distance de plantation reste celle d’une culture au sol : un mètre entre deux plants, deux mètres entre deux rangs. Les racines explorent le même volume de terre et le feuillage a besoin du même air, même s’il pousse à la verticale. Le long d’une clôture, comptez un plant par mètre linéaire de treillis. Deux plants collés se font de l’ombre, se disputent l’eau et donnent des fruits plus petits.
La parcelle veut une terre ameublie et du compost au printemps. La butternut est gourmande : elle apprécie de reprendre la place laissée par des légumineuses l’année d’avant, qui laissent de l’azote dans le sol. Évitez en revanche de la remettre au même endroit avant trois ou quatre ans.
Ce qui pousse au pied du treillis
Un treillis occupe le ciel et laisse le sol libre. La butternut s’entend avec les oignons, l’échalote, la ciboulette et les haricots, qui profitent de l’ombre portée en fin d’après-midi. Les haricots ont un second intérêt : ils fixent l’azote dont la courge est friande.
Les autres cucurbitacées et les pommes de terre, elles, disputent à la courge la même eau et le même compost, et n’ont rien à faire sous un treillis déjà chargé.
Pincer la tige principale après le troisième fruit
Une tige de butternut pousse tant qu’elle trouve de la place et des fleurs à ouvrir. Chaque nouvelle fleur coûte de l’énergie aux courges déjà nouées. Quand deux ou trois fruits sont formés, pincez l’extrémité de la tige principale entre l’ongle et l’index, deux feuilles après le dernier fruit. La croissance se concentre alors sur les courges en place, qui grossissent plus vite et mûrissent avant les premières gelées. Supprimez aussi les rameaux secondaires qui ne portent aucun fruit.
Sur un support de deux mètres, cette taille a un second effet. Elle empêche la tige de dépasser le treillis, de retomber et d’arracher les attaches posées plus bas. Un plant qui déborde casse ses liens et abîme les jeunes pousses prises dans les mailles.
Arroser au pied le matin, pailler dès que le sol est couvert
La butternut demande un arrosage régulier, le matin, au pied. L’eau doit atteindre les racines sans mouiller le feuillage : des feuilles humides le soir restent humides une partie de la nuit, et c’est précisément ce que demande l’oïdium. En culture verticale, le feuillage est plus dense en hauteur et la rosée s’y attarde, donc un arrosage mal placé se paie plus cher qu’au sol.
Paillez dès que les plants couvrent la terre. Une couche de tontes séchées, de paille ou de feuilles broyées garde la fraîcheur et espace les arrosages. La plante boit beaucoup en août, au moment où les fruits grossissent.
Récolter avant les gelées, sécher dix jours avant de stocker
La récolte s’étale d’août à octobre et s’arrête avant les premières gelées. Un fruit est mûr quand sa peau est beige et mate et que son pédoncule brunit. Coupez-le au sécateur en laissant une dizaine de centimètres de queue : c’est cette poignée qui protège la courge de la pourriture pendant la conservation. Laissez sécher les fruits une dizaine de jours au soleil ou en serre avant de les rentrer. Le repérage de la maturité est détaillé dans quand récolter les butternuts.
En hauteur, les courges prennent le soleil de plein fouet. Une face exposée peut blanchir et ramollir après une journée très chaude de septembre. Posez une feuille ou un morceau de tissu sur le fruit pendant les coups de chaleur. Pour la suite, la méthode qui tient les courges jusqu’au printemps est décrite dans prolonger la conservation des courges.
Ce que le treillis ne règle pas
Le palissage ne réduit pas les besoins en eau : le volume de terre exploré reste le même et le feuillage exposé au vent sèche plus vite qu’une plante étalée. Comptez des arrosages plus fréquents qu’en culture au sol, surtout en juillet et en août. La structure demande aussi un entretien : vérifiez les attaches après chaque orage et rangez le treillis à l’abri en novembre, quand les tiges sont sèches.
Il ne remplace pas non plus la rotation. Une courge palissée reste une cucurbitacée, avec les mêmes maladies du sol et les mêmes parasites. Le treillis change la conduite du plant, la rotation reste nécessaire.