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Briques perforées et blocs creux : le rôle des trous

Michel Duchène
Michel Duchène
6 Min de lecture
Paragon Masonry Tools

Une brique perforée, un bloc de béton creux, un hourdis de plancher : tous comportent des vides dans leur masse. Ces vides ne viennent pas d’un défaut de fabrication. Ils sont dessinés dès la conception pour alléger l’élément, faciliter sa pose, et parfois pour être remplis de béton armé une fois l’ouvrage monté.

Quatre produits, quatre logiques

La brique perforée. La terre est extrudée à travers une filière qui laisse des perforations verticales, de cinq trous sur les petits formats à une vingtaine sur les briques de 30 cm. Les trous traversent la brique de part en part. Ils ne sont pas là pour décorer la tranche : ils font partie du produit.

La brique à empreinte, dite aussi à grenouille, que l’on rencontre surtout dans le bâti ancien, porte une dépression sur sa face supérieure. Cette dépression est faite pour recevoir le mortier du rang suivant.

Le bloc de béton creux, le parpaing du langage courant, compte deux ou trois alvéoles verticales. Le format le plus vendu mesure 20 cm de haut sur 50 cm de long. On le pose en élévation, en soubassement, en cloison, en mur de clôture.

Le hourdis est un entrevous de plancher. On l’aligne entre les poutrelles avant de couler la table de compression. Ses vides allègent le plancher, ce qui réduit les charges reprises par les murs et permet de franchir des portées plus longues.

Alléger pour pouvoir poser

Le premier rôle d’un vide est de retirer de la matière. Un bloc creux de 20 cm se manie d’une seule main, un bloc plein du même format demande les deux. Sur un mur de dix mètres, la différence se traduit en mètres carrés posés par jour, en fatigue et en accidents de manutention.

Sur la brique, le trou représente de la terre qui n’est pas extraite, pas malaxée, pas cuite. Il rend aussi la cuisson plus régulière : le cœur de la brique monte en température presque comme sa peau, ce qui limite les retraits et les fissures. Moins de combustible au four, moins de rebuts, un prix au millier plus bas.

Des lames d’air, pas une isolation

Les alvéoles fermées emprisonnent de l’air immobile, qui conduit mal la chaleur. C’est ce qui a fait la réputation isolante de la brique creuse. La réalité est plus modeste : les parois sont minces, le mortier de montage crée des ponts thermiques tous les 20 cm de hauteur, et un mur de 20 cm en blocs creux non isolé reste très loin du niveau attendu aujourd’hui.

Les progrès sont venus d’ailleurs : alvéoles plus nombreuses et plus étroites, blocs rectifiés posés à joints minces, remplissage à la perlite ou au béton de granulats légers, et surtout isolation rapportée ou répartie. Voir à ce sujet l’isolation par l’extérieur, qui traite le mur depuis sa face froide.

Recevoir le mortier, le béton et les gaines

Sur une brique à empreinte, le lit de mortier remplit la dépression et forme une clé entre deux rangs. Sur une brique perforée, c’est différent : le mortier de montage reste en surface, il ne descend pas dans les alvéoles verticales. On ne compte donc pas sur lui pour lier les briques entre elles, la liaison se fait par l’adhérence du lit de mortier sur les faces.

Les alvéoles servent en revanche de coffrage perdu. Aux angles, aux jonctions de murs et de part et d’autre des ouvertures, le maçon glisse une armature verticale dans l’alvéole puis coule du béton : c’est le chaînage, le poteau qui empêche le mur de s’ouvrir. Le principe est poussé à l’extrême avec les blocs à bancher, dont toutes les alvéoles sont coulées, utilisés pour les murs de soutènement, les piscines et les clôtures.

Les vides servent aussi de gaines techniques : câbles électriques, boîtiers encastrés, descentes d’eau pluviale. Attention à l’épaisseur des parois, deux à trois centimètres seulement. Un store banne, un portail, un garde-corps fixé dans cette paroi tient mal. Pour une charge, on scelle dans une alvéole remplie, avec une résine chimique.

Ce que les trous ne font pas

  • Ils ne tiennent pas lieu d’isolation. Un mur creux non isolé reste froid, et l’air des alvéoles circule dès qu’un joint est mal garni.
  • Ils ne renforcent pas la structure à eux seuls. Le bloc est calculé pour porter avec ses parois. Remplir toutes les alvéoles ajoute du poids, de l’eau et du temps de chantier sans gain de résistance, sauf dans les zones prévues pour cela.
  • Ils ne se bouchent pas au mortier de montage. Une alvéole remplie à la truelle au fil de la pose déséquilibre le rang et retient l’humidité.

Trois erreurs fréquentes

  1. Percer la paroi d’un bloc creux pour fixer une charge lourde, au lieu de sceller dans une alvéole.
  2. Remplir les alvéoles de mortier de montage plutôt que de béton dosé et vibré, ce qui fragilise le chaînage.
  3. Compter sur les perforations pour isoler, et faire l’économie d’une isolation. Le dosage du béton et du mortier compte autant que le choix du bloc : voir les erreurs de dosage les plus courantes.

Le trou dans un matériau de maçonnerie n’est ni un défaut ni un argument commercial. C’est une solution de fabrication : moins de matière, un poids compatible avec la main du maçon, des alvéoles prêtes à recevoir l’armature. Pour choisir entre les familles de produits, la double brique en construction de maison détaille les usages de chaque famille de produit.