Construisez un mur de soutènement en pierre sèche

Construisez un mur de soutènement en pierre sèche

La pierre sèche est une technique de construction consistant à assembler des pierres en équilibre, sans l’aide de liant. Louis Cagin, murailleur et auteur d’un livre sur le sujet, nous explique en neuf étapes comment construire un mur de soutènement.

Réflexion

La particularité d’un mur de soutènement est de soutenir la poussée des terres d’un terrain en surplomb ou d’un remblai. Il est donc enterré sur sa face située en amont. Avant de démarrer, observez et étudiez bien les lieux : la pente, la quantité de terre et de pierre. Selon où vous déciderez de construire le mur dans la pente, il sera plus ou moins haut, plus ou moins épais et cela induira une quantité plus ou moins grande de matériaux. L’idée est aussi de trouver le juste milieu pour que le mur ne soit pas trop monumental, proportionné par rapport au talus.

Préparatifs

Faites le bilan des pierres disponibles sur place et stockez-les dans un pierrier. Si vous n’avez pas toutes les pierres sous la main, choisissez-les puis commandez-les. Faites de même pour la terre et le remblai.

L’idéal est de faire un petit schéma du projet avec les dimensions. Il servira de base aux calculs de volume. Multipliez la longueur (L) par l’épaisseur (E) et la hauteur (H). Puis appliquez à ce total un coefficient dit de « foisonnement » de 1,4. Il faut en effet en moyenne 1,4 m3 de pierres en vrac pour construire 1 m3 de mur. La formule est donc : (L x H x E) x 1,4.

Terrassement

Creusez les fouilles en anticipant les obligations techniques de la maçonnerie à pierres sèches : dimensions, drain, arrivée sur un sol suffisamment stable pour recevoir le mur. Pensez à creuser le sol en « oblique », de façon à ce que l’assise du mur penche vers le talus. Cela permettra de prévenir le renversement ultérieur du mur.

Dessouchage et pose d’un géotextile

Avant de construire ou de restaurer un mur, enlevez tout d’abord les souches d’arbres et d’arbustes qui se trouvent sur son passage (dessouchage). Si vous enlevez des touffes de graminées ou d’autres plantes en préparant le terrain, mettez-les de côté pour les replanter une fois le mur terminé. Lors de cette phase préparatoire, il est conseillé d’installer un géotextile (vente en magasin de matériaux de construction ou les jardineries). Celui-ci retardera l’infiltration des particules de terre dans le drain et la maçonnerie et prolongera notablement l’espérance de vie de votre mur. Déroulez le géotextile le long du talus. Coupez-le à la longueur souhaitée. Il doit aussi recouvrir le sol d’assise du mur. Maintenez-le avec des chevillettes plantées dans le sol.

Installation du drain de l’assise du mur

Drainer l’assise d’un mur est essentiel pour sa stabilité. C’est en effet à ce niveau que se concentrent les eaux de ruissellement et d’infiltration. Creusez des canaux d’évacuation (appelés exutoires ou drains) à intervalles réguliers pour permettre à l’eau de s’écouler hors du mur. Remplissez-les de cailloutis (petits cailloux). Compactez le tout.

Pose des fondations

Couler du béton n’est pas indispensable pour assurer des fondations réussies. Elles doivent en revanche être très stables. Pour cela, choisissez les pierres les plus grosses et installez-les sur le cailloutis. Calez-les bien au sol. Faites-les coïncider au plus près, si besoin en les retaillant. Plus le mur sera haut, plus les pierres choisies doivent être imposantes. Dans ce cas, la barre à mine peut s’avérer utile pour manier les blocs avec précision. Complétez les fondations avec des pierres plus petites et du cailloutis. Le résultat doit respecter la règle du fruit, c’est-à-dire pencher légèrement du côté du talus. Cela permet de prévenir le renversement du mur.

Construction du mur proprement dit

La construction du mur doit impérativement respecter quatre règles de base, lors de la pose de chaque pierre : croisement, assise, fruit, calage. Le mur est construit dans son épaisseur. Autre règle : le pendage. Il consiste à maintenir en permanence une légère inclinaison vers le talus. Les pierres ne doivent donc pas être parfaitement horizontales. Il est recommandé d’intégrer des boutisses traversantes, c’est-à-dire des pierres prenant toute la largeur du mur et dont les deux extrémités sont en parement. Au fur et à mesure de l’édification du mur, on ajoute le drain (petits cailloux) côté talus, afin de le protéger des mouvements du sol qu’il retient.

Règle n° 1 : le croisement

Pour bien répartir leur poids et assurer un effet de liaison, les pierres doivent reposer sur plusieurs autres, en façade et dans le corps du mur.

Règle n° 2 : l’assise

L’assise d’une pierre se prépare lors de la pose des pierres du rang inférieur, par la taille ou le calage.

Règle n° 3 : le calage (ou blocage)

Bloquer les pierres revient à s’assurer qu’il ne reste pas d’espace vide entre leurs faces de joint. Le résultat est obtenu par le choix de la forme des pierres posées, dans un esprit de puzzle 3 D. La pose de cale peut aussi s’avérer nécessaire.

Règle n°4 : le fruit

Le fruit est le nom donné à l’inclinaison par rapport à la verticale du parement des pierres vers l’extérieur du mur. La face d’assise d’une pierre doit pencher vers l’intérieur du mur. En façade, le fruit des pierres se repère par l’inclinaison du parement par rapport à la verticale. Il doit être vérifié régulièrement tout au long de la construction du mur : à l’œil nu et en se fiant au cordeau éventuellement tendu.

Règle complémentaire : le pendage

Le pendage se traduit par la légère inclinaison des pierres du côté du talus. La pose ne doit donc pas être parfaitement horizontale.

Couronnement

Le couronnement achève le mur et en assure la solidité à un niveau sur lequel plus rien ne vient appuyer dessus. Il est donc composé de pierres lourdes et massives qui par leur gravité ne peuvent pas bouger sous les pas ou les passages. Il pèse sur la totalité du mur grâce à la règle du croisement des pierres. Pour commencer, installez un cordeau qui matérialisera le haut du couronnement (ligne que les pierres ne devront pas dépasser). Une fois les blocs de couronnement choisis, faites des essais en installant des cales provisoires pour régler la hauteur de pose. La maçonnerie d’assise vise à assurer que tous les blocs de couronnement (qui ne font pas nécessairement la même hauteur) arrivent au même niveau. Elle doit aussi être réalisée de façon à recevoir sur toute sa superficie le poids du bloc.

Reterrassement et finitions

La terre extraite lors du terrassement est remise en place derrière le mur. Commencez par la jonction avec le mur, à laquelle il faut apporter un soin particulier. Pour éviter que la terre ne ravine, misez sur la végétalisation, par exemple avec des graminées. L’idéal est d’utiliser des mottes réservées lors du terrassement. Autres options : prélevez des mottes aux alentours ou semez des graines.

Le livre « Construire en pierres sèches »

Edité en juillet 2008 par les éditions Eyrolles, le livre « Construire en pierres sèches » est un véritable ouvrage de référence. Très pédagogique, il explique en 176 pages les techniques et les gestes pour réaliser soi-même un aménagement en maçonnerie à pierres sèches. On y apprend à construire un escalier, un mur, un arc de décharge, à parementer un mur existant, à drainer un sol, etc. Ses auteurs, Louis Cagin et Laeticia Nicolas, sont respectivement murailleur spécialisé en maçonnerie à pierres sèches et ethnologue. L’ouvrage est destiné aux particuliers mais aussi aux artisans et paysagistes. Il est proposé au prix de 32 € TTC.

Les outils nécessaires

outils de taille : têtu (= marteau du murailleur)

pioche

pelle

seau

râteau

éventuellement barre à mine

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