Le couvre-sol incroyable que peu de gens cultivent (pour l’instant)

Michel Duchène
Michel Duchène
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Le lierre terrestre, également connu sous le nom de Glechoma hederacea, est une plante vivace souvent sous-estimée mais pleine de potentiel au jardin.

Ce couvre-sol discret de la famille des Lamiacées, qui inclut des plantes comme la menthe et la sauge, est fréquemment ignoré par les amateurs de jardinage, malgré ses tiges rampantes et ses ravissantes fleurs bleu-violet qui apparaissent au printemps.

Adapté à des sols difficiles, il représente une option écologique efficace pour la stabilisation des pentes tout en fournissant un habitat propice aux pollinisateurs.

Son réseau racinaire dense et sa capacité à former un tapis végétal continu sont des atouts précieux dans la lutte contre l’érosion des sols.

Profil botanique du lierre terrestre

Contrairement à ce que pourrait suggérer son nom, le lierre terrestre n’appartient pas à la même famille que le lierre grimpant (Hedera helix). En effet, cette plante herbacée vivace fait partie des Lamiacées, tout comme la sauge ou la menthe.

Identification et morphologie

Le Glechoma hederacea présente plusieurs caractéristiques distinctives :

  • Tiges quadrangulaires et rampantes qui s’enracinent aux nœuds.
  • Feuilles en forme de rein avec des bords crénelés, opposées et portées par des pétioles longs.
  • Une hauteur variant de 5 à 30 cm.
  • Un arôme légèrement mentholé émanant des feuilles lorsqu’elles sont froissées.
  • De belles fleurs tubulaires bleu-violet à deux lèvres, typiques de la famille des Lamiacées.

La floraison du lierre terrestre s’étend généralement d’avril à juin, selon les zones géographiques, offrant ainsi une ressource précoce de nectar pour les insectes pollinisateurs émergeant au printemps.

Habitat naturel et écologie

Originaire d’Europe et d’Asie occidentale, le lierre terrestre s’est acclimaté dans de nombreuses régions tempérées à travers le monde. Il est souvent trouvé :

  • Dans les lisières de forêts.
  • Dans les prairies fraîches.
  • Le long des haies et des murs.
  • Dans des zones semi-ombragées à ombragées.

Privilégiant les sols frais, riches en matière organique et légèrement humides, il peut néanmoins s’adapter à des conditions plus sèches une fois bien enraciné. Sa robustesse est remarquable, puisqu’il supporte des températures hivernales pouvant descendre jusqu’à -25°C.

Rôle dans la stabilisation des pentes

La problématique de l’érosion des sols est fréquente dans les jardins en pente. Le lierre terrestre se présente comme une solution écologique et efficace pour y remédier.

Structure et maîtrise de l’érosion

La force du lierre terrestre dans la lutte contre l’érosion repose sur sa structure végétale :

  • Ses tiges s’enracinent régulièrement aux nœuds, formant ainsi un réseau dense qui aide à maintenir le sol.
  • Son système racinaire, à la fois fibreux et superficiel, retient efficacement les particules de terre.
  • Sa croissance rapide permet de recouvrir rapidement les zones exposées.
  • Son caractère semi-persistant offre une protection au sol même durant l’hiver.

Une recherche réalisée par l’Université de Wageningen aux Pays-Bas a révélé que des plantes couvre-sols comme le lierre terrestre peuvent réduire l’érosion des sols jusqu’à 60 % sur des terrains inclinés, comparativement à des surfaces nues.

Stratégies de plantation sur pentes

Pour maximiser l’effet stabilisateur du lierre terrestre, voici quelques recommandations de plantation :

  1. Préparer le sol en éliminant les herbes indésirables et en ajoutant du compost.
  2. Planter entre 9 et 12 plants par mètre carré afin d’obtenir une couverture rapide.
  3. Espacer les plants de 30 à 40 cm en quinconce.
  4. Appliquer un léger paillis entre les plants pour freiner la concurrence avec les adventices.
  5. Assurer des arrosages réguliers durant la première année afin d’encourager l’enracinement.

Sur des pentes très abruptes, la création de petites terrasses ou l’installation de fascines horizontales peut aider à maintenir le sol jusqu’à ce que le lierre terrestre soit bien établi.

Impact écologique sur les pollinisateurs

Au-delà de ses propriétés de stabilisation des sols, le lierre terrestre représente une ressource précieuse pour la biodiversité, notamment pour les insectes pollinisateurs.

Attraction pour les abeilles et autres pollinisateurs

Les fleurs bleu-violet du lierre terrestre sont particulièrement attrayantes pour :

  • Les abeilles sauvages, y compris les osmies et les andrènes qui émergent tôt au printemps.
  • Les bourdons, qui favorisent les fleurs tubulaires adaptées à leur longue trompe.
  • Les syrphes, mouches ressemblant à des guêpes qui se révèlent d’excellents pollinisateurs.
  • Des papillons précoces, comme le citron et la petite tortue.

Des études réalisées par l’association britannique Buglife ont permis d’identifier plus de 25 espèces d’insectes pollinisateurs visitant régulièrement les fleurs de lierre terrestre en milieu urbain.

Floraison à un moment clé

La période de floraison du lierre terrestre est cruciale pour les pollinisateurs :

  • Elle débute dès avril, alors que les ressources florales demeurent limitées.
  • Elle fournit nectar et pollen aux reines de bourdons qui commencent à établir leurs colonies.
  • Elle fait le lien entre les floraisons précoces (comme les saules et noisetiers) et les floraisons plus tardives.

Cette disponibilité alimentaire pendant une période critique contribue significativement à la survie des populations d’insectes pollinisateurs dans nos jardins.

Cultivation et entretien dans le jardin

Intégrer le lierre terrestre dans son jardin est relativement aisé, mais un certain nombre de précautions sont à prendre pour en tirer le meilleur parti tout en évitant ses éventuels désagréments.

Conditions idéales pour la culture

Pour prospérer, le lierre terrestre favorise :

  • Une situation mi-ombragée à ombragée (il tolère le plein soleil tant que le sol reste frais).
  • Un sol frais, riche en humus et bien drainé.
  • Un pH neutre à légèrement acide.
  • Une humidité constante sans excès.

Cependant, il peut s’adapter à des conditions variées et réussir même dans des environnements moins favorables une fois établi.

Techniques de multiplication

La propagation du lierre terrestre est facilement réalisable par différents moyens :

  1. Division de touffes : effectuer ce processus au printemps ou en automne en prélevant des portions enracinées.
  2. Bouturage de tiges : prendre des segments de 10 à 15 cm, comportant des nœuds, et les planter directement dans un sol humide.
  3. Semis : une option possible, bien que souvent peu pratiquée en raison de sa lenteur par rapport aux méthodes végétatives.

La multiplication par division est particulièrement efficace pour obtenir rapidement une couverture dense sur les surfaces à stabiliser.

Gestion de l’expansion

Le principal défi associé au lierre terrestre est de contrôler sa vigueur dans certains contextes :

  • Installer des barrières anti-rhizomes en plastique ou en métal, enfoncées jusqu’à 30 cm, autour des zones plantées.
  • Choisir des emplacements naturellement restreints (entre une terrasse et un mur, sur un talus isolé).
  • Effectuer régulièrement un arrachage manuel des tiges qui tentent de s’étendre au-delà de la zone désirée.
  • Tondre les bords pour maintenir une limite claire.

Dans les petits jardins, il est préférable de réserver le lierre terrestre à des zones bien délimitées où sa capacité à couvrir le sol sera un avantage plutôt qu’un inconvénient.

Associations végétales recommandées

Pour concevoir des aménagements harmonieux et écologiquement intéressants, le lierre terrestre peut être associé à d’autres plantes complémentaires.

Plantes compagnes recommandées

Le lierre terrestre s’associe bien avec :

  • Les bulbes printaniers comme les narcisses, crocus ou muscaris qui émergent à travers son feuillage.
  • Les fougères dont le port vertical constitue un contraste avec son étalement horizontal.
  • Les hostas qui s’épanouissent dans des conditions similaires d’ombre.
  • Les hellébores, ajoutant une floraison hivernale complémentaire.
  • Les arbustes à fleurs tels que les viornes ou hortensias qui apportent une dimension supérieure.

Ces associations permettent de former des massifs plus riches visuellement et écologiquement, bénéficiant à la faune locale.

Élaboration d’un jardin de sous-bois

Le lierre terrestre est idéal pour recréer un espace au sein d’un jardin imitant les sous-bois :

Strate Plantes compagnes Intérêt
Haute Érables du Japon, cornouillers Apportent structure et ombrage léger
Moyenne Fougères, hostas, heuchères Ajoutent volume et texture
Basse Lierre terrestre, lamier, pachysandra Assurent la couverture du sol
Émergente Bulbes printaniers, anémones Offrent un attrait saisonnier

Cette stratification vegetale imite les écosystèmes naturels et crée divers habitats pour la faune.

Usages traditionnels et propriétés médicinales

Le lierre terrestre détient une histoire riche dans les traditions médicinales européennes.

Utilisations historiques

  • Traiter des problèmes respiratoires comme les toux et bronchites.
  • Soulager les désordres digestifs.
  • Réduire les inflammations.
  • Accélérer la guérison des blessures.

Au Moyen Âge, avant l’arrivée du houblon, il était également utilisé dans la fabrication de certaines bières, apportant amertume et propriétés médicinales.

Précautions d’emploi

Bien que traditionnellement utilisé en phytothérapie, il convient de faire preuve de prudence :

  • La plante renferme des composés potentiellement toxiques à forte dose.
  • Son utilisation médicinale doit être dispensée par un professionnel de santé.
  • Les femmes enceintes ou allaitantes devraient éviter sa consommation.
  • Des réactions allergiques cutanées peuvent se manifester chez certaines personnes sensibles.

Actuellement, on privilégie ses atouts ornementaux et écologiques plutôt que ses propriétés médicinales dans nos jardins.

Alternatives et variétés horticoles

Si le lierre terrestre classique ne s’adapte pas à votre jardin, plusieurs alternatives ou cultivars peuvent être envisagés.

Cultivars ornementaux

Plusieurs variétés sélectionnées par les pépiniéristes présentent un intérêt :

  • Glechoma hederacea ‘Variegata’ : feuillage marbré de crème, qui se révèle plus lumineux à l’ombre.
  • Glechoma hederacea ‘Aurea’ : feuilles teintées de jaune doré.
  • Glechoma hederacea ‘Dappled Light’ : panachure fine et irrégulière.

Ces cultivars ornementaux ont généralement une croissance moins vigoureuse que l’espèce type, ce qui peut être un atout dans les jardins de petite taille.

Autres couvre-sols à fleurs bleues pour pentes

Pour les jardins en quête d’autres plantes avec des fonctions similaires, envisagez :

  • Ajuga reptans (bugle rampant) : avec des fleurs bleues en épis, c’est un excellent couvre-sol pour les zones ombragées.
  • Veronica prostrata (véronique couchée) : qui prodigue une abondance de fleurs bleues en plein soleil.
  • Lithodora diffusa : ses fleurs bleu vif prospèrent dans des sols acides et bien drainés.
  • Campanula poscharskyana (campanule des murailles) : des petites fleurs étoilées de couleur bleue, idéales pour les rocailles.

Ces alternatives peuvent être choisies selon vos conditions spécifiques de sol et d’exposition, assurant ainsi des bénéfices pour la pollinisation et la stabilisation des sols.

Récits de jardiniers et expériences partagées

Les utilisateurs du lierre terrestre dans leurs aménagements de jardins partagent souvent leurs impressions, tant positives que négatives.

Réussites dans les jardins en pente

Michel, jardinier basé dans les Cévennes, témoigne : « J’ai planté du lierre terrestre sur un talus de 45° qui s’érodait à chaque pluie. Au bout de deux saisons, la pente est complètement stabilisée et je ne retrouve plus de terre sur le chemin. Les abeilles sauvages l’adorent au printemps. »

Sophie, paysagiste en Bretagne, ajoute : « Pour les clients ayant des terrains difficiles, je recommande souvent cette option. Une fois installé, il nécessite peu d’entretien et résout efficacement les problèmes d’érosion tout en apportant une touche fleurie au printemps. »

Points d’attention évoqués

Cependant, certains jardiniers signalent des points d’attention :

  • « Dans mon petit jardin urbain, j’ai dû l’arracher car il envahissait mes autres plantations. » – Julien, jardinier amateur.
  • « Il faut être vigilant près des pelouses, car il a tendance à s’y installer progressivement. » – Marie, jardinière en Normandie.
  • « Dans les régions très sèches du Sud, il a besoin d’un arrosage régulier durant les premières années. » – Claude, jardinier méditerranéen.

Ces expériences soulignent l’importance d’adapter le choix de cette plante au contexte spécifique de chaque jardin.

Le lierre terrestre émerge comme une solution à la fois écologique et esthétique pour les jardins en pente face à des soucis d’érosion. Son système racinaire efficace, ses fleurs bleues-violettes attrayantes pour les pollinisateurs, ainsi que sa facilité de culture en font un choix judicieux pour les jardiniers soucieux de l’environnement. Bien que sa vigueur puisse parfois nécessiter un contrôle dans des espaces restreints, ses bénéfices écologiques l’emportent largement sur ces contraintes. En l’intégrant astucieusement dans vos aménagements paysagers, vous contribuerez à la création d’un jardin plus stable, coloré et propice à la biodiversité.

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