Cette fleur repousse 90 % des insectes naturellement, mais les jardiniers ne l’aiment pas.

Michel Duchène
Michel Duchène
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Une bataille silencieuse se déroule au sein de nos espaces verts.

D’un côté, des jardiniers passionnés qui s’efforcent de maintenir la beauté de leurs cultures. De l’autre, une armée d’insectes affamés prêts à anéantir le fruit de tant de soins. Face à cette disproportion entre les forces, une alliée surprenante se profile : la tanaisie.

Souvent ignorée, voire sous-estimée pour son aspect envahissant, cette plante à fleurs jaune d’or cache un secret inestimable. Elle détient la capacité remarquable de tenir à distance jusqu’à 90 % des insectes nuisibles, sans avoir recours à des produits chimiques. Cette caractéristique est particulièrement précieuse alors que l’utilisation de pesticides révèle de plus en plus ses inconvénients et ses dangers.

La tanaisie : une plante mal-aimée aux atouts insoupçonnés

La tanaisie commune, ou Tanacetum vulgare, n’est pas vraiment le choix préféré des jardiniers désireux de créer des espaces ornementaux. Cette plante vivace, qui appartient à la famille des Astéracées, peut atteindre jusqu’à un mètre cinquante. Avec ses feuilles découpées et ses petites fleurs jaunes en boutons, regroupées en corymbes, elle a une apparence rustique qui ne séduit pas toujours.

Originaire d’Europe et d’Asie, la tanaisie s’est bien adaptée à différents environnements tempérés. Elle se développe souvent le long des chemins, dans les friches et sur les talus. Sa croissance rapide et sa capacité à s’étendre font d’elle une plante considérée comme une « mauvaise herbe » par nombre de jardiniers scrupuleux.

Cependant, elle a été valorisée par nos ancêtres pour ses nombreuses propriétés. Au Moyen Âge, on cultivait la tanaisie dans les jardins des monastères en raison de ses bienfaits médicinaux et de sa capacité à repousser les insectes nuisibles. Elle était traditionnellement utilisée pour protéger les cultures et les denrées stockées des parasites.

Un puissant répulsif naturel

Ce qui fait la force de la tanaisie réside dans sa composition chimique. Elle contient des huiles essentielles telles que la thuyone, le camphre et le bornéol, qui émettent une odeur forte et reconnaissable. Si ce parfum est agréable pour l’homme, il est perçu comme une menace par de nombreux insectes nuisibles.

Les insectes que la tanaisie repousse

  • Les fourmis : ces insectes s’éloignent systématiquement des zones où la tanaisie croît.
  • Les pucerons : ils sont particulièrement sensibles aux substances volatiles de cette plante.
  • Les mouches : cela inclut la mouche de la carotte ainsi que celle de l’oignon.
  • Les coléoptères : notamment les doryphores, redoutables pour les cultures de pommes de terre.
  • Les aleurodes ou « mouches blanches », qui s’attaquent souvent aux tomates et autres solanacées.
  • Certains papillons dont les chenilles occasionnent des dégâts, comme celles des piérides du chou.

Des recherches menées par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont établi que la présence de la tanaisie dans un potager peut entraîner une diminution de 80 à 90 % des insectes nuisibles environnants. Un résultat impressionnant pour un remède entièrement naturel.

Intégrer la tanaisie dans votre jardin

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est pas indispensable de transformer tout votre jardin en un champ de tanaisie pour bénéficier de ses propriétés. En plaçant quelques plants à des endroits stratégiques, vous pouvez établir une barrière efficace contre les insectes indésirables.

Techniques de plantation et de culture

Cultiver la tanaisie est facile, même pour ceux qui débutent en jardinage. Cette plante s’adapte à presque tous les types de sol, même si elle préfère un terrain bien drainé. Que ce soit en plein soleil ou en zone légèrement ombragée, elle trouve sa place facilement.

Pour ajouter la tanaisie à votre jardin, vous pouvez choisir parmi plusieurs méthodes :

  1. Le semis : à effectuer au printemps, directement en pleine terre. Les graines, très petites, germent en environ deux à trois semaines.
  2. La division de touffe : se fait à l’automne ou au début du printemps en prélevant des fragments de plantes déjà établies.
  3. L’acquisition de plants : en vous rendant dans des jardineries spécialisées en plantes médicinales ou aromatiques.

Une fois qu’elle est bien installée, la tanaisie requiert peu d’entretien. Elle supporte bien la sécheresse et n’a pas besoin d’engrais supplémentaire. Il est recommandé de tailler les tiges après la floraison pour garder la plante compacte et prévenir son expansion excessive.

Associations bénéfiques au potager

Pour optimiser l’effet protecteur de la tanaisie, plantez-la à proximité de cultures sensibles aux attaques d’insectes :

Culture à protéger Ravageur ciblé Disposition recommandée
Pommes de terre Doryphores Un plant tous les 3 mètres en bordure
Choux et crucifères Piérides, aleurodes En intercalaire, un plant pour quatre choux
Carottes Mouche de la carotte En bordure de planche
Fruitiers Pucerons, fourmis Au pied des arbres

Pierre Durand, un maraîcher bio dans le Lot-et-Garonne, témoigne : « Depuis que j’ai introduit la tanaisie dans mes cultures, j’ai réduit de 70 % mes traitements contre les pucerons. Même mes rosiers, qui étaient systématiquement attaqués, sont presque à l’abri de tout problème. »

Préparations à base de tanaisie pour un jardin sans nuisibles

En plus de la plante vivante, il existe diverses manières d’utiliser la tanaisie pour renforcer son action répulsive :

Le purin de tanaisie

Particulièrement efficace pour combattre les pucerons, les aleurodes et les acariens, la préparation du purin de tanaisie est simple :

  1. Récoltez 1 kg de tiges, feuilles et fleurs fraîches.
  2. Hachez-les grossièrement.
  3. Plongez-les dans 10 litres d’eau de pluie.
  4. Laissez macérer pendant une semaine, en remuant chaque jour.
  5. Filtrez le mélange obtenu.
  6. Diluez à 10 % (1 volume de purin pour 9 volumes d’eau) avant d’utiliser.

Il est recommandé d’appliquer ce purin sur les plantes affectées, de préférence le soir afin d’éviter une évaporation trop rapide. Pensez à renouveler l’application après chaque pluie.

Des bouquets secs de tanaisie

Si vous récoltez les fleurs en pleine floraison et les faites sécher en bottes suspendues dans un endroit sec et bien aéré, elles conserveront leurs propriétés répulsives. Ces bouquets peuvent trouver leur place :

  • Dans les placards pour éloigner les mites.
  • Près des fenêtres afin de dissuader les mouches d’entrer.
  • Dans le poulailler pour limiter les parasites des volailles.
  • Dans le compost pour restreindre le développement des moucherons.

Le paillage protecteur

À la fin de la saison, les tiges et feuilles de tanaisie coupées peuvent être utilisées comme paillage autour des plantes sensibles. Au fur et à mesure de leur décomposition, elles libèrent leurs substances répulsives tout en enrichissant le sol.

Les précautions à prendre avec la tanaisie

Malgré ses nombreux atouts, faire preuve de prudence avec la tanaisie est crucial, car elle n’est pas exempte d’inconvénients :

Risques pour la santé

La tanaisie renferme de la thuyone, substance qui, à fortes doses, peut s’avérer toxique. Il est déconseillé de l’utiliser en interne sans l’avis d’un professionnel de santé. Les femmes enceintes doivent également se tenir éloignées de cette plante, car elle pourrait induire des contractions utérines.

Pendant la manipulation de la plante, il est recommandé de porter des gants afin d’éviter toute réaction cutanée, en particulier pour les personnes ayant une peau sensible.

Assurer un contrôle de son développement

La tanaisie a tendance à devenir envahissante si elle est laissée à se ressemer sans contrôle. Pour éviter qu’elle ne prenne possession de votre jardin :

  • Retirez les fleurs fanées avant qu’elles ne puissent produire des graines.
  • Plantez-la dans des zones clairement délimitées ou dans des contenants enterrés.
  • Surveillez attentivement l’apparition de nouvelles pousses et éliminez celles qui apparaissent dans des endroits non désirés.

Marie Leblanc, experte en aménagement de jardins écologiques, indique : « La tanaisie est un auxiliaire précieux pour le jardinier, mais en tant que plante vigoureuse, elle nécessite un minimum de vigilance. Je suggère de la cultiver dans un grand pot ancré dans le sol si l’on craint son expansion. »

La tanaisie et l’écologie au jardin

Alors que les questions environnementales influencent de plus en plus nos décisions de jardinage, la tanaisie trouve une place naturelle dans cette démarche. En repoussant les insectes nuisibles sans nuire à la biodiversité, elle préserve l’équilibre de notre écosystème. Les pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons, visitent ses fleurs sans être affectés par sa composition, à la différence des insecticides chimiques qui sont indiscriminés dans leur action.

La tanaisie s’inscrit idéalement dans le concept des « jardins-forêts » et de la permaculture, où chaque plante a son rôle au sein d’un écosystème harmonieux. Elle souligne bien le fait qu’une « mauvaise herbe » peut s’avérer être une plante dont on n’a pas encore découvert les bienfaits qui pourraient en découler.

Jean Martin, auteur de « Jardiner avec les plantes compagnes », résume bien la situation : « La tanaisie nous rappelle que la nature a prévu des solutions à la majorité des défis que nous rencontrons dans le jardin. Notre rôle en tant que jardiniers est de renouer avec ces savoirs ancestraux et de les appliquer. »

Pour conclure, si vous recherchez une méthode naturelle et efficace pour protéger votre jardin des insectes nuisibles, n’hésitez pas à intégrer cette fleur jaune, injustement mal-aimée, dans votre espace. Votre potager en tirera profit, et vous pourriez bien transformer votre perception de cette plante aux vertus multiples, qui mérite indiscutablement sa place dans nos jardins modernes.

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