La collecte des eaux pluviales n’est pas un concept moderne. Nos ancêtres utilisaient déjà des barils et tonneaux pour cette pratique essentielle. Aujourd’hui, avec des étés de plus en plus secs et des restrictions d’eau qui deviennent courantes, cette méthode de récupération retrouve une popularité certain. Ce qui tombe du ciel est en effet une ressource à la fois gratuite et respectueuse de l’environnement. Pourquoi ne pas en tirer parti pour arroser votre jardin tout en faisant des économies sur votre facture d’eau ? Voici un guide détaillé pour installer un système de récupération d’eau efficace dans votre jardin.
Les raisons d’opter pour la récupération d’eau de pluie
Avant d’entamer la mise en place d’un système de collecte, il est utile de se pencher sur les multiples bénéfices de cette méthode :
- Économies financières : Selon l’ADEME, un ménage peut économiser jusqu’à 40% de sa consommation en eau potable en utilisant l’eau de pluie pour les usages extérieurs.
- Benefices pour les plantes : L’eau de pluie est naturellement douce, dépourvue de chlore et de calcaire, ce qui conviendra à la plupart des végétaux.
- Gestion judicieuse des ressources : Face aux sécheresses fréquentes, c’est un choix responsable qui contribue à la préservation des nappes phréatiques.
- Réduction du ruissellement : Stoker les eaux de pluie permet de diminuer l’érosion et le risque d’inondation lors de fortes pluies.
Estimation du volume d’eau récupérable
La quantité d’eau que vous pouvez récupérer dépend de la surface de votre toit et des précipitations de votre région. Une formule simple vous permet d’évaluer ce potentiel :
Volume annuel (litres) = Surface de toiture (m²) × Pluviométrie annuelle (mm) × 0,8
Le coefficient de 0,8 prend en compte les pertes dues à l’évaporation et aux premiers millimètres de pluie qui servent à nettoyer le toit. Par exemple, avec un toit de 100 m² et une pluviométrie annuelle de 800 mm, vous pourriez récupérer environ 64 000 litres d’eau par an !
Les divers types de systèmes de collecte
Les récupérateurs de surface simples
Pour un débutant, un récupérateur basique est une option simple :
- Le tonneau classique : D’une capacité de 200 à 300 litres, il représente la solution la plus abordable (30 à 100€). Positionné sous une descente de gouttière, son remplissage se fait naturellement.
- La cuve murale : Discrète et adossée contre un mur, elle peut contenir entre 300 et 1000 litres, avec un coût variant entre 100 et 300€.
- Le récupérateur décoratif : Imitant la pierre ou l’amphore, il allie esthétisme et fonctionnalité (150 à 400€).
Ces systèmes s’installent aisément en coupant la descente de gouttière et en plaçant un collecteur qui dévie l’eau vers le récupérateur. Un robinet situé en bas permet de remplir un arrosoir ou de raccorder un tuyau d’arrosage.
Les cuves enterrées
Pour des besoins en eau plus élevés ou en cas de manque d’espace, la cuve enterrée se présente comme une excellente option :
- Capacité comprise entre 1500 et 10000 litres ou plus
- Invisible dans le jardin
- L’eau est maintenue à une température fraîche à l’abri de la lumière
- Utilisation possible toute l’année, même en hiver (si enterrée en dessous de la ligne de gel)
L’installation nécessite des travaux de terrassement et un plus grand investissement (entre 1000 et 5000€ en fonction de la capacité). Il est nécessaire d’installer un système de filtration en amont, une pompe pour l’utilisation de l’eau et éventuellement un trop-plein qui se connecte à un puits d’infiltration.
Guide d’installation de votre système de collecte
Sélectionner le meilleur emplacement
Pour un récupérateur de surface :
- Positionnez-le près d’une descente de gouttière
- Vérifiez que le sol soit stable et plat
- Préparez un support solide (dalle en béton ou lit de graviers)
- Pensez à son accessibilité pour un entretien et une utilisation aisés
- Considérez la proximité avec les zones que vous souhaitez arroser
Raccorder à la gouttière
Différentes solutions s’offrent à vous :
- Le collecteur filtrant : Se fixe sur la descente de gouttière pour dévier l’eau vers le récupérateur en filtrant les débris.
- Le collecteur de premier flux : Plus sophistiqué, ce dispositif évacue d’abord les premières eaux de pluie (souvent plus souillées) avant de remplir la cuve.
- La rehausse de gouttière : Simple et économique, elle dirige l’eau directement vers le récupérateur.
N’oubliez pas d’installer une grille anti-moustique sur chaque ouverture pour éviter leur prolifération.
Prévoir un dispositif de trop-plein
Un trop-plein est essentiel pour éviter les débordements. Ce dernier peut être dirigé vers :
- Une évacuation existante
- Un puits d’infiltration
- Une zone de drainage dans le jardin
- Un autre récupérateur en cascade
Exploiter au mieux l’eau récupérée
Conseils pour un arrosage efficace
L’eau de pluie est idéale pour tous les types de plantes de votre jardin. Pour optimiser son utilisation :
- Arrosez de préférence tôt le matin ou en soirée pour réduire l’évaporation
- Arrosez au pied des plantes au lieu de sur le feuillage
- Installez un système goutte-à-goutte relié à votre récupérateur pour un arrosage ciblé
- Utilisez un paillage autour des plantes pour maintenir l’humidité
Mise en place de systèmes d’arrosage automatiques
Pour simplifier la gestion de l’eau récupérée et optimiser son utilisation :
- Pompe immergée : Installée dans la cuve, elle fournit une pression suffisante pour alimenter un tuyau d’arrosage ou un système d’irrigation.
- Programmateur : Relié à la pompe, ce dispositif automatise l’arrosage selon vos besoins spécifiques.
- Kit solaire : Idéal pour les jardins situés loin d’une source d’électricité, ce système alimente la pompe grâce à un petit panneau photovoltaïque.
Autres utilisations de l’eau de pluie
L’eau de pluie peut être employée pour plusieurs autres usages dans le jardin :
- Nettoyages des outils et équipements
- Remplissage d’un bassin ornemental ou d’une mare
- Lavage de voitures et de mobilier de jardin
- Préparation de traitements (l’absence de calcaire améliore leur efficacité)
Entretien et précautions à prendre
Maintenance nécessaire
Pour garantir une eau de qualité et assurer la longévité de votre installation :
- Nettoyez les filtres et crépines entre deux et trois fois par an
- Rincez et videz la cuve une fois par an, idéalement en fin d’hiver
- Vérifiez régulièrement l’état des joints et raccords
- Inspectez vos gouttières pour enlever les feuilles et les débris
- En hiver, vidangez les tuyaux extérieurs pour prévenir le gel
Considérations sanitaires
Bien que l’eau de pluie soit un choix judicieux pour le jardin, certaines précautions doivent être respectées :
- Ne l’utilisez pas pour irriguer les légumes destinés à être consommés crus (salades, fraises) dans les semaines précédant la récolte
- Évitez son emploi sur des toits contenant de l’amiante ou du plomb
- Installez des dispositifs anti-retour si le système est raccordé au réseau d’eau potable
- Indiquez clairement la présence de robinets d’eau non potable
Considérations juridiques et aides financières disponibles
Réglementations en vigueur
En France, la collecte d’eau de pluie pour des usages extérieurs est généralement autorisée sans déclaration préalable. Néanmoins :
- Pour les cuves enterrées de grande capacité, il est conseillé de se renseigner auprès de votre mairie (un permis peut être requis)
- En copropriété, vous devez obtenir l’accord du syndic
- Les usages à l’intérieur doivent respecter des réglementations strictes (déclaration en mairie obligatoire)
Aides et subventions possibles
Plusieurs dispositifs peuvent alléger le coût de votre installation :
- Certaines municipalités ou agglo offrent des subventions atteignant jusqu’à 50% du coût
- Les Agences de l’Eau accordent des aides pour les zones soumises à un stress hydrique
- Bien que le crédit d’impôt ne soit plus accessible, une TVA réduite (10%) est appliquée lors d’une installation par un professionnel
Renseignez-vous auprès de votre mairie ou consultez le site de l’ADEME pour connaître les subventions disponibles dans votre secteur.
Solutions complémentaires et alternatives
Le puits ou forage
Si la configuration de votre terrain le permet, un puits peut compléter votre système de récupération d’eau de pluie. Attention, sa construction doit être déclarée en mairie si le prélèvement annuel dépasse 1000 m³.
Techniques pour économiser l’eau
Pour maximiser l’efficacité de votre eau récupérée :
- Le paillage : Une couche de 5 à 10 cm de paille, d’écorces ou de tontes sèches diminue l’évaporation jusqu’à 70%
- Les ollas : Ces pots en terre cuite enfouis dans le sol permettent une diffusion directe de l’eau aux racines
- Le keyhole garden : Ce type de potager optimise l’utilisation de l’eau
- Choisir des plantes économes : Optez pour des espèces adaptées à votre climat et qui résistent à la sécheresse
Recueillir l’eau de pluie constitue une démarche vers un jardinage plus durable et économique. En combinant cette méthode avec des techniques d’arrosage efficaces et en choisissant des plantes adaptées, vous serez en mesure d’affronter les périodes sèches tout en préservant cette précieuse ressource qu’est l’eau. Alors, préparez vos gouttières et commencez à récupérer !
