Stéphanie Bricole, blogueuse quasi-professionnelle

Stéphanie Bricole, blogueuse quasi-professionnelle

2009 : Stéphanie lance son blog, simplement intitulé Stéphanie Bricole. Depuis, les audiences ne cessent d’augmenter. Elle est même démarchée par des entreprises pour des billets sponsorisés. Le bricolage occupe la plus grande partie de son temps en dehors de son travail. Passion ou quasi-profession ?

D’aussi loin que peuvent remonter ses souvenirs d’enfance, Stéphanie a toujours aimé bricoler. Avec son papa plombier, elle rénovait, restaurait, créait toutes sortes d’objets. Un don précoce pour celle qui, à 35 ans, rassemble jusqu’à 5 500 personnes chaque jour sur son blog, simplement intitulé « Stéphanie Bricole ».

Mais avant de se lancer sur la blogosphère, elle a mis sa « carrière » de bricoleuse entre parenthèse. Études obligent : après un Bac scientifique, la jeune femme se lance dans un cursus de biologie. « Les métiers manuels et artistiques, ce n’est pas évident. Les parents préfèrent toujours que l’on fasse quelque chose de plus sûr », justifie-t-elle. Elle ne tient pourtant pas à endurer « le stress des études » jusqu’à une thèse. « Ça m’aurait plu de faire d’autres études. J’aime bien les chantiers de construction, de déco… », sans pour autant avoir une idée bien précise du métier qu’elle aurait voulu faire. Elle trouve finalement un emploi jeune dans un service de collecte de déchets, dans une commune à côté du Havre, sa ville natale. Aujourd’hui, elle en est la responsable. Elle travaille à 80 %.

Les 20 % restants, elle les consacre en grande partie au blog. Une fois installée et après la naissance de son fils, Jérémy, elle crée en 2009 Stéphanie Bricole. Un loisir qui ne la lâchera plus. Avec une dizaine d’heures de bricolage par semaine et autant pour la rédaction, elle s’impose un rythme soutenu« Si je me dis que je dois envoyer tel article à telle heure, je me mets la pression, pour y arriver, détaille-t-elle. Idem pour la newsletter. J’hésite beaucoup avant de cliquer sur “envoyer“. C’est angoissant de se dire qu’on envoie un mail à 2 500 personnes d’un coup ! »

Du neuf « fait maison »

Quand on lui demande de présenter ses réalisations, le regard de la trentenaire plutôt réservée s’illumine. Pas peu fière de son travail, elle commence par le cellier, où elle entrepose bouteilles, vases et autres matériaux récupérés. « Mon entourage sait qu’il ne faut rien jeter. » Bijoux, déco, couture… Stéphanie ne cesse de bricoler. « Ça prend de la place… A force, je me demande si je bricole pour moi ou pour le blog ! »

Comme toute blogueuse assidue, la déformation quasi-professionnelle la suit jusque dans ses tâches quotidiennes. Elle ne se sépare jamais de son carnet de notes où elle met à plat ses idées avant qu’elles ne s’évaporent. « C’est un mélange de ce que j’ai vu en magasin, dans les vide-greniers… » Sans oublier les trucs et astuces qu’elle pioche dans les forums et « le retour, très important, de mes lectrices ». C’est d’ailleurs par le blog qu’elle a connu… sa voisine ! « Un jour, une lectrice me dit que sa voisine patine un meuble dans son jardin, qui ressemble à celui que je présente sur le blog. Effectivement, c’était moi ! »

Le repérage des objets bricolés par Stéphanie se révèle une tâche plus ardue que prévu. Comment différencier les produits achetés des produits fabriqués par la blogueuse ? On n’y voit que du feu, tant la finition paraît professionnelle. Bref : du neuf « fait maison ». Ce cadre végétal ? Cette lampe-galet ? Du « made in Stéphanie ». Le sticker en forme d’arbre dans le couloir ? « J’ai passé beaucoup de temps à peaufiner les détails des branches », commente la bricoleuse. Même la gamelle du chat y passe. « Sobre », « nature », « végétal », tel est le mot d’ordre de la mère de famille, qui laisse parler son côté zen à travers les galets, que l’on retrouve jusque dans la salle de bains.

Déontologie

Stéphanie nous conduit ensuite à son espace, son bureau-atelier à l’étage, tout de rouge vêtu, aménagé par un ami menuisier. Elle y peaufine ses réalisations. Plusieurs projets sont déjà en cours. Bientôt, Stéphanie transformera en objet ces bouts de papillons brillants éparpillés. De la suite dans les idées, elle n’en manque pas. Mais sa botte secrète réside ailleurs, dans des billets bien ficelés, avec des explications pas à pas : « On me dit que le blog marche grâce au ton de mes articles. Mais je me rends compte que si je ne donne pas d’explications, si les tutoriels ne sont pas assez détaillés, l’audience baisse un peu. »

Au fil des mois, cette audience, justement, grimpe. Forte de ce succès, elle est démarchée par de nombreuses marques et entreprises qui sollicitent de plus en plus les blogueuses pour rédiger des articles sponsorisés. Mais la jeune femme l’assure : elle n’accepte pas tout. Telle une professionnelle du blog, elle s’impose une déontologie : « Cela reste occasionnel. Si j’accepte un cadeau, je veux toujours un deuxième exemplaire pour envoyer à une lectrice. Je ne leur ai jamais rien caché. Si je leur explique que l’on m’a donné tel produit pour les tester, elles comprennent très bien ! »

Elle noue des partenariats avec des entreprises variées, comme Rue du commerce, Autoplus, Cuisinella, La Poste … « Surtout de l’argent de poche », selon elle. Pas de quoi vivre en effet, mais arrondir les fins de mois, ou se faire plaisir grâce aux bons d’achat : une console de jeu, un nouvel outil pour de futurs bricolages etc. Se consacrer davantage à sa passion ? Pour l’instant, Stéphanie pèse le pour et le contre : « Je ne vois pas le temps passer quand je m’occupe de mon blog. Ce serait super. Mais je sais aussi qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui vivent de leur blog. En attendant, j’espère toujours des propositions à plus long terme, plus professionnelles. »

Elle s’est déjà essayée à la vente, lorsque l’on s’arrachait ses bijoux en pâte fimo. Une expérience d’auto-entrepreneuse qui n’aura duré qu’un mois. « La vente, ça ne me plaisait pas. Je n’avais pas envie de créer constamment les mêmes choses. » Et pourtant, Stéphanie se situe à un tournant de sa vie où elle aimerait changer de voie et pourquoi pas se lancer dans la communication. Dans le cadre de son travail, elle anime déjà des ateliers de recyclage pour les enfants. « Quand je vois tout ce qui se jette, c’est affolant ! », s’indigne la trentenaire.

Un penchant pour l’écologie qui n’est surement pas étranger à son goût du bricolage et de la récup’. Elle met même à contribution son fils, qui réalise des bijoux qu’elle présente sur son blog, dans une partie dédiée aux enfants. « Il est doué. S’il veut continuer dans cette voie, je ne l’en empêcherai pas », affirme celle qui, avant d’en tirer profit, aime avant tout partager sa passion.

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