Quand les gros constructeurs se mettent au vert

Quand les gros constructeurs se mettent au vert

L’écologie est devenue un marché comme un autre et, logiquement, les gros constructeurs de maisons l’investissent. Maisons Phénix, Saint-Gobain, Maison&Jardin…; Tous proposent désormais des modèles de maisons avec isolation renforcée, orientation bioclimatique, panneaux solaires… Des concepts intéressants, mais difficilement généralisables, qui s’apparentent parfois à des actions de communication.

La construction verte n’est plus seulement l’affaire de quelques jusqu’au-boutistes de l’écologie. Elle devient même un véritable business repris par les gros constructeurs : Maisons Phenix, Maison&Jardin, Saint-Gobain… Tous ou presque ont compris l’intérêt de concevoir des maisons « écolos ». Et de communiquer dessus !

« Aujourd’hui, tout le monde veut une maison verte, explique Alain Bonhomme, directeur technique de Maison&Jardin, mais le coût d’une telle bâtisse en rebute plus d’un ». 157.000 € contre 132.000 pour une maison classique. Cela n’a pas été un obstacle pour Frédéric Mougenel, 29 ans, agriculteur en Auvergne, qui vient d’acquérir la première maison de la série près de Vichy. Ses motivations : « faire des économies ». Avec une consommation estimée à 37,5 kWh/m2 par an (contre 240 pour une maison traditionnelle), l’investissement est censé être rentabilisé au bout de 10 ans. D’autant plus que grâce à ses 20 m2 de tuiles photovoltaïques, Fréderic Mougenel peut revendre son électricité à EDF.

Maison Phenix a également sa maison verte : la « Maison du bon sens ». Comme celle de Maison&Jardin, elle est censée consommer moins de 50 kWh/m2 par an, ce qui lui permet de bénéficier du label BBC (Bâtiment basse consommation) délivré par l’association Effinergie. Selon Yann Arthus-Bertrand, parrain du projet, la « Maison du bon sens économise 80 % d’énergie par rapport à une maison classique ». Des déclarations difficiles à vérifier puisque, pour le moment, aucune de ces maisons n’est habitée. Seul le CSTB (Conseil scientifique et technique du bâtiment) peut donner une estimation des consommations réelles d’énergie. Mais son moteur de calcul est inadapté selon certains spécialistes comme Christian Charignon, architecte urbaniste et auteur d’un rapport sur les «  dispositions réglementaires freinant la construction de bâtiments tendant vers le ’’passif’’ et le ’’durable’’ ». Parmi les problèmes rencontrés, « le calcul sur les consommations de chauffage donne des résultats qui sont souvent sans commune mesure avec ce que produit une simulation thermique dynamique ». En clair, cela signifie que ces estimations sont basées sur un modèle figé et ne prennent pas en compte l’évolution de la météo, l’occupation du bâtiment, etc. Une simulation thermique dynamique permet en effet de déterminer dans quelle mesure influent tous ces facteurs, heure par heure dans toutes les zones de la maison.

Des projets difficiles à mettre en œuvre en zone urbaine

Le groupe Saint-Gobain va encore plus loin en proposant une maison censée consommer 18,8 kWh/m2 par an selon le bureau d’étude privé Tribu Energie, soit une amélioration de 90 % par rapport aux exigences de la RT 2005 ! Pour arriver à ces résultats, la palette des équipements proposés par les trois constructeurs fait vite monter la facture : panneaux solaires, pompes à chaleur, poêles à bois, briques réfractaires, façades vitrées, isolation ultrarenforcée, etc. Un investissement rentable à moyen terme, mais il ne faut pas oublier l’entretien, parfois onéreux, souvent contraignant. Ainsi, un panneau solaire doit être nettoyé une fois par an pour avoir une performance optimale. Niveau juridique, certaines installations sont soumises à des règles d’urbanisme strictes. C’est le cas des panneaux solaires, par exemple. La réglementation concernant les systèmes de récupération d’eau de pluie est tout aussi contraignante (voir article associé).

Mais ce n’est pas tout. La plupart de ces maisons se définissent comme bioclimatiques et nécessitent donc une exposition plein Sud. Pas trop difficile en Auvergne… En revanche, dans les zones urbaines, ça se complique. Ainsi, pour la Maison du bon sens, 72 % de la surface vitrée doit être exposée au Sud. On imagine la difficulté dans les agglomérations de Paris, Lyon ou Lille… « Il est évident que construire une telle maison en zone urbaine est beaucoup plus compliqué, concède Eric Stievenard, directeur marketing chez Tarmac – le fournisseur de matériaux de Maison&Jardin – en Auvergne, les terrains sont vastes et nombreux et permettent de choisir plus facilement l’orientation de la bâtisse ».

Quant on sait que les constructions neuves devront consommer moins de 50 kWh/m2 par an en 2012, que toutes les maisons devront émettre quatre fois moins de CO2 d’ici à 2050 selon la réglementation THPE (très haute performance énergétique) et que près de 80 % des Français habitent dans des agglomérations où l’espace est de plus en plus cher, on constate que ces efforts – certes louables – des gros constructeurs se heurteront à des obstacles structurels pas toujours contournables. Evidemment toutes ces nouvelles maisons écolos présentées par les gros constructeurs représentent les modèles les plus aboutis et n’ont pas vocation à envahir le parc immobilier. La maison du futur sera probablement un intermédiaire entre ces dernières et les nouvelles constructions actuelles, mais dans quelle mesure ? Suffisamment pour répondre aux exigences des différentes réglementations thermiques ? Là est toute la question…

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