“Le bricolage “déco” tire le marché vers le haut”

“Le bricolage “déco” tire le marché vers le haut”

En ce début 2012, où en est le marché du bricolage ? Rémy Dassant, conseiller et chargé d’études auprès de l’Unibal (Union nationale des industriels du bricolage, du jardinage et de l’aménagement du logement), livre son analyse à Nostrodomus : le marché se maintient grâce au bricolage « décoration » en plein essor, qui capte les bricoleurs et bricoleuses novices.

Comment s’est porté le marché du bricolage ?

Rémy Dassant : Globalement, le marché a progressé de 1 à 2 % en 2011. Les ventes en grandes surfaces de bricolage ont augmenté de 2 à 3 %, alors que celles en négoce sont restées stables par rapport à 2010. C’est en partie dû au fait que le négoce ne vend que du bricolage « lourd », pour les gros travaux, et que la partie bricolage « décoration » y est moins bien développée.

Les grandes surfaces alimentaires, quant à elles, se désintéressent de ce secteur. Elles vendent du consommable et plus du tout d’équipement. Les grandes surfaces de bricolage, qui représentent 75 % du marché, les ont court-circuitées depuis six ans. Carrefour, par exemple, a supprimé le rayon bricolage dans beaucoup de ses magasins [1]. Des clous et des vis, ce n’est pas très rentable pour ces surfaces alimentaires. Cora, Auchan, Casino… ont aussi réduit leur offre. Avant, Leclerc faisait parfois des promotions sur les outils électroportatifs. Ce n’est plus le cas.

Y a-t-il des disparités entre les différents secteurs du bricolage ?

D’après les résultats de fin septembre 2011, la partie jardin est au-dessus de la moyenne. Le bricolage « lourd » a progressé, de même que le secteur « bois et dérivés », le stratifié et l’aménagement, qui avaient connu un coup dur les années précédentes. La division plomberie/sanitaire, qui avait fonctionné en 2010, a moins progressé en 2011.

Beaucoup d’appartements ont été livrés en 2011, ce qui a favorisé les dépenses de bricolage. Le bricolage « lourd » est cyclique : on ne déménage pas tous les jours. Le bricolage de réparations se maintient d’une année sur l’autre.

Quel est le secteur le plus plébiscité ?

Depuis au moins trois ans, c’est le bricolage « décoration » qui tire le marché vers le haut. Avant, les grandes surfaces de bricolage étaient tristes à mourir ! Maintenant, les gens y vont pour puiser des idées. On trouve des architectes d’intérieur à Castorama. Il y a des produits « mode » dans tous les rayons, quels qu’ils soient… Même les prises électriques, que l’on trouve en différentes couleurs.

Le profil du bricoleur a-t-il évolué ?

Le bricoleur s’est féminisé, c’est évident. Il y a de plus en plus de foyers monoparentaux où les femmes doivent se débrouiller pour le bricolage. La petite perceuse Bosch, emballée comme dans une boîte à bonbon, a fait un malheur. Mais les produits spécifiques pour femmes, ça marche un temps… Car elles veulent des produits aussi performants que ceux des hommes.

Comme le bricolage est assez anxiogène, les magasins proposent des démonstrations qui rassurent et qui incitent à faire les choses soi-même. Avant, pour des stages de bricolage, c’était souvent le samedi matin ; maintenant, c’est à n’importe quel moment au magasin. Vous faites votre propre installation au magasin, que vous reproduisez à la maison. Maintenant, le bricolage est à la portée de tout le monde.

Le bricoleur d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a vingt ans…

Le bricoleurs moyen côtoie le bricoleur d’il y a vingt ans. Il faut une offre pour les deux, le pro comme celui qui a deux mains gauches ! Le multifonction fait tout moyennement, ce qui convient au bricoleur moyen. Mais le bricoleur averti préfère une machine pour chaque usage. A Leroy Merlin, à côté de l’offre classique, on trouve toute une gamme pro.

Où les consommateurs achètent-ils leurs fournitures ?

Ils ne vont plus là où c’est le moins cher. Ils vont là où ils trouvent le meilleur rapport qualité/prix. Leur critère principal est la fiabilité. Puis viennent la crédibilité et la sécurité. Le prix n’arrive qu’en quatrième position. Les ventes de « 1er prix » sont excessivement en baisse car les gens sont déçus de leur qualité. On voit un retour vers le moyen de gamme, qui dure. Je teste un yaourt : s’il ne me plaît pas, je peux acheter une autre marque la semaine d’après. Mais dans le bricolage, il s’agit d’un produit de consommation durable ; les consommateurs n’ont pas envie de subir pendant trois ans un mauvais produit !

Quelle part représentent les ventes sur Internet ?

Les ventes en ligne, c’est tarte à la crème ! Ceux qui débutent dans le commerce en ligne ne tiennent pas à donner de chiffres. On estime que 3 à 4 % des ventes de grandes surfaces de bricolage se font par ce biais. Le problème étant la livraison, ils ne mettent pas toute leur gamme en vente en ligne. Tous les magasins n’ont pas un dépôt dans chaque région. Cela fonctionne pour certains produits, comme l’électroportatif. Comme aucun bricoleur n’a réussi jusqu’à maintenant à faire tenir un abri de jardin dans son coffre, la livraison est aussi une bonne solution.

Mais internet, ce ne sont que des images. Le bricoleur aime voir et toucher avant d’acheter. C’est pour cela qu’il y a des millions de consultations sur Internet, mais peu d’achat. Quand on veut une nouvelle vasque pour sa salle de bains, on a envie de voir comment ça se présente !

Vos prédictions ?

A mon avis, les grandes surfaces de bricolage vont se maintenir au même niveau de progression. Le bricolage « lourd » sera sûrement un peu affecté par la baisse du nombre des nouveaux appartements mais comme en 2012 la loi Scellier continue, il ne faut pas dramatiser. Les gens ont envie de se faire plaisir et vont continuer d’investir dans le bricolage [le bricolage est le premier secteur d’équipement des Français, NDLR].

La nouveauté est qu’il y aura de moins en moins de nouvelles surfaces de vente. Jusqu’en 2009, il y avait 5 % de nouvelles surfaces par an. Maintenant, elles progressent au rythme de l’évolution du marché, soit 2 %.

[1] En 2010, le chiffre d’affaires des grandes surfaces de bricolage a progressé de 3 % par rapport à 2009, alors que celui des grandes surfaces alimentaires et du marché du négoce ont respectivement baissé de 4,5 % et 3,1 %. le marché du bricolage, quant à lui pesait 23,12 Mds € en 2010 (source : Unibal/avril 2011).

 

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