Le boom des maisons bois

Le boom des maisons bois

Matériau chaleureux et « écolo », le bois fait de plus en plus d’adeptes. Si la construction bois représente entre 5 et 10 % des maisons individuelles en France, un ménage sur quatre serait prêt à se laisser tenter. Coût, performances, atouts et inconvénients : Nostrodomus fait le point.

Construire une maison en bois n’est plus l’apanage de quelques originaux. Ces dix dernières années, la construction bois s’est démocratisée. Et son futur paraît des plus florissants dans un contexte soucieux d’environnement et des performances thermiques. La dernière étude disponible (Afcobois / Caron Marketing, 2007) établissait la part de la construction bois à 4-5 % des maisons individuelles en 2006 (soit 9 000 constructions). Actuellement, on se trouverait plutôt autour de 7 à 10 % (9 % dans la région Pays de Loire pour exemple). Et le potentiel serait bien supérieur. « Nous sommes toujours dans un delta d’environ 20 à 25 % de ménages intéressés par la maison bois, indique Michel Perrin, directeur opérationnel du CNDB (Comité National pour le Développement du Bois). Le souci de la qualité environnementale, l’économie d’énergie (chauffage) en sont les raisons principales ». Car le premier atout du bois est bien là : ce matériau naturel constitue un excellent isolant.
Qui pense « maison verte » a vite à l’esprit ce mode de construction. « Nous avons deux types de clientèle, explique Philippe Grasset, président de l’entreprise Leduc Structures Bois et de l’association Atlanbois : des jeunes couples primo-accédants intéressés par la construction bois car elle répond plus facilement aux futures normes BBC (bâtiment basse consommation) et des gens d’une cinquantaine d’années, qui font construire leur dernière maison et sont attirés par l’esthétique et la chaleur du matériau »« La première motivation est écologique : matériau sain et économies d’énergie », cite de son côté Nathalie Lambert, architecte DPLG spécialisée en maison bois et installée en Poitou-Charentes.

Une maison hors d’eau hors d’air en deux semaines !

Sur un plan technique, le bois présente aussi d’autres avantages. Le fait qu’il s’agit d’une fabrication en filière sèche permet de considérablement réduire la durée de construction. « Fabriquée en atelier, une maison de plain pied peut être mise hors d’eau et hors d’air en seulement deux semaines ! », explique Philippe Grasset. Les qualités de portance du bois offrent aussi la possibilité de créer des pièces spacieuses, sans poteau au milieu, ou d’ouvrir de grandes baies sur l’extérieur. En bonus, les murs sont moins épais. A qualité d’isolation équivalente, on estime à 7 % le gain de surface au sol ainsi réalisé par rapport à une maison traditionnelle, soit 8,4 m² pour une maison de 120 m².

Le surcoût : moins de 5 % pour une construction basique

Devant un tableau si élogieux, pourquoi donc ne sommes nous pas tous passés au bois ? Le premier frein est sans aucun doute à chercher là où ça fait mal : dans nos portefeuilles. Le marché reste encore ciblé sur la maison haut de gamme. Les maisons dite « grand luxe » à plus de 180 000 € représentaient en 2007 14 % des constructions traditionnelles (maçonnées), mais 20 % des maisons de constructeurs en bois… et 46 % des maisons d’architectes en bois ! A l’inverse les maisons dites « populaires », à moins de 103 000 €, pesaient respectivement 28 % du marché traditionnel mais seulement 19 % pour les maisons de constructeurs en bois et 7 % des maisons d’architecte en bois. Outre la nature même des maisons (plus grandes, plus sophistiquées), il existe bel et bien un surcoût lié au matériau. Mais celui-ci se réduit en même temps que les réglementations thermiques successives ! Estimé à 15 % dans l’étude de 2007, il serait actuellement de « 2 à 5 % maximum entre une maison à ossature bois d’entrée de gamme par rapport à une construction traditionnelle basique, les deux étant conformes à la RT 2005 (réglementation thermique 2005) », selon Philippe Grasset d’Atlanbois. L’arrivée programmée des bâtiments basse consommation (BBC) devrait encore abaisser ce gap. Et dans un futur plus lointain, lorsque l’actualité sera aux maisons passives voire à énergie positive, la maison bois deviendra plus compétitive que la maison traditionnelle. A noter que dans le cas de maisons plus haut de gamme, le surcoût peut être bien supérieur : « de l’ordre de 15 à 35 %, notamment selon le bardage retenu et la performance de l’isolation », estime Nathalie Lambert. Reste ensuite à mettre dans la balance les économies de chauffage ultérieures.

Un autre frein, d’ordre culturel, ralentit probablement la croissance de la construction bois. Ce sont des Français qui ont inventé le ciment et mis en vedette le parpaing, là où d’autres pays se tournent beaucoup plus naturellement vers le bois : Amérique du Nord, pays nordiques, Allemagne, Suisse, etc. Même s’il fait mieux que l’Espagne ou l’Italie, l’Hexagone a encore du retard à rattraper. Corollaire, tous les professionnels ne maîtrisent pas les aspects techniques liés au bois.

Comment bien choisir son professionnel ?

Or, cette nouvelle vogue a attiré de nouveaux intervenants, parfois opportunistes. Pour s’assurer du sérieux et des compétences d’un professionnel, n’hésitez pas à bien vous renseigner. « Vérifiez qu’il dispose des qualifications qui s’imposent (type Qualibat ou CIP) et les assurances qui vont avec : garantie décennale et responsabilité civile. Les références sont aussi très importantes : ancienneté, nombre de maisons construites, etc. », cite Philippe Grasset.

Visiter des maisons déjà finies lorsque c’est possible est toujours instructif, qu’il s’agisse d’un constructeur, d’un maître d’œuvre ou d’un architecte. Autre source d’information à privilégier : les salons spécialisés. Parmi les plus importants : « Le salon d’Epinal en septembre, le salon d’Angers en octobre, le salon Résidence bois à Lyon en octobre et le salon Vivons bois à Bordeaux en novembre », liste Michel Perrin. Dans tous les cas, mieux vaut préférer des professionnels et un architecte ayant déjà une expérience du bois, car le matériau exige un savoir-faire particulier. On ne fabrique pas une maison en bois comme une maison en bloc béton.

Extension et surélévation

A noter que le bois constitue une solution de prédilection pour une extension de maison, a fortiori une surélévation. Au rang des avantages : le bois est moins lourd que la maçonnerie, il est plus simple à mettre en œuvre, le chantier est beaucoup plus rapide (en une semaine, il est possible de « découvrir » puis recouvrir la maison en interposant un nouvel étage). Enfin, le chantier est propre : la structure est élaborée en atelier et posée une fois finie par grue. C’est l’idéal pour les accès difficiles car on ne salit pas le bâtiment.

Côté coût, l’extension bois fait jeu égal avec la maçonnerie. « Il faut compter 2 000 euros par mètre carré », précise Tony You, gérant de l’entreprise du même nom, qui assure entre 30 et 40 projets de ce type chaque année sur Nantes et sa périphérie. Au mètre carré, c’est plus cher qu’une construction de maison car la surface est inférieure et que l’on se trouve généralement en centre-ville, avec des contraintes spécifiques. Mais cela permet d’éviter de déménager lorsque la famille s’agrandit et permet aussi d’emprunter plus facilement que lors d’un achat/vente, dans un contexte immobilier difficile. Le projet typique ? « La surface moyenne est de 35-40 m², typiquement deux chambres, une salle de bains et un escalier », indique Tony You.

Visible ou caché, utilisé exclusivement ou en combinaison avec une structure maçonnée : le bois offre une souplesse d’utilisation remarquable. Un atout à ajouter à ses performances thermiques. Avis aux amateurs…

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