Isolation thermique : l’enjeu crucial des fenêtres

Isolation thermique : l’enjeu crucial des fenêtres

Avec toutes les réglementations existantes et à venir, les fenêtriers doivent se mettre au diapason d’une isolation performante. La surface vitrée occupant en moyenne 20 % de la façade, l’enjeu de l’isolation des fenêtres est énorme, même si elle est souvent oubliée au profit du chauffage et de l’isolation des surfaces opaques.

Grenelle de l’environnement, Réglementations Thermiques… Les lois et orientations en faveur de la baisse de consommation énergétique fleurissent ces dernières années. Au centre des débats : le chauffage et l’isolation, le plus souvent sur surface opaque (mur, combles…). Mais on parle beaucoup moins des surfaces vitrées qui constituent pourtant près de 20 % de la superficie moyenne d’une façade. « On compte 30 millions de fenêtres en France, souvent équipées de simple vitrage avec un coefficient très peu performant – 5,9 W/m2.k, souligne Emeric Motte, chargé de mission chez Somfy. Cela occasionne une consommation de 6800 kWh/an pour une surface de 20 m2 ». Avec les meilleures fenêtres, dont le coefficient atteint 1,1 W/m2.k, la consommation annuelle tombe à… 1270 kWh/an. Soit, presque six fois moins. On comprend mieux l’enjeu du travail sur les fenêtres dans la perspective d’une bonne isolation de la maison.
Le principal problème de l’isolation de la vitre, c’est de savoir jongler entre trois coefficients aux noms barbares. Ils correspondent à la conservation de la chaleur (Uw), la captation de la chaleur solaire (Sw) et la transmission de lumière (Slw). Vaut-il mieux se doter de triple vitrage, qui isole parfaitement mais recueille peu de chaleur, et qui laisse un peu moins bien passer la lumière ? Ou est-il plus intéressant de s’équiper d’une fenêtre moins épaisse, donc avec un Uw moins performant, qui laisse plus facilement entrer la lumière solaire et la chaleur… quitte à moins retenir celle de l’intérieur ? Face à ces questionnements, des querelles se multiplient entre les principales organisations de fenêtriers sur les meilleurs vitrages pour savoir quels sont les facteurs déterminants pour une isolation la plus efficace possible (voir encadré).

Des technologies de pointe pour une isolation encore plus performante

Mais au-delà du seul travail sur le verre, les industriels, rivalisent d’ingéniosité pour proposer les menuiseries les plus à même de se rapprocher des exigences des réglementations thermiques. Pour Jehan Kappes-Grange, responsable de produit chez TBC, l’équation est simple : « pour rentrer dans le cadre Bâtiment basse consommation [BBC, Ndlr] et consommer moins de 50 kWh/m2.an, il faut une performance de menuiserie entre 1,8 et 1,4 W.m2.k ». Différentes technologies sont aujourd’hui privilégiées selon lui : « ouvrants cachés, fenêtres à vitrage collé, solutions PVC multicavités, mixité des matériaux »
Technal, par exemple, a particulièrement développé la technique de l’ouvrant caché. L’ouvrant (partie mobile) de la fenêtre vient se positionner, “se cacher”, derrière le dormant (encadrement fixe) lors de la fermeture. Mais ce n’est pas tout. « Notre fenêtre Soleal anticipe les Réglementations Thermiques actuelles et futures, explique Gilles Geromel, directeur régional sud ouest de l’entreprise. Les barrettes isolantes peuvent se changer au fur et à mesure de l’évolution de la réglementation, sans modifier la structure de la fenêtre ».
Chez K.Line, on a beaucoup travaillé sur l’oscillo-coulissant. Elle associe le système de fermeture de la frappe avec la translation sur rail du coulissant et est dotée d’un coefficient Uw inférieur à 1,8w/m2.k.

Des installateurs peu qualifiés

Côté matériaux, 61 % des 12 millions de fenêtres installées en 2007 étaient en PVC, contre 22 % pour l’aluminium et 18 % pour le bois. Il faut dire que non seulement le PVC est économique, mais il affiche des performances nettement plus impressionnantes que le bois et surtout l’aluminium, qui est davantage choisi pour son aspect esthétique. Sans rupture de ponts thermiques, l’aluminium occasionne de fortes déperditions thermiques. Heureusement, certains fabricants aujourd’hui ont redoré le blason de l’aluminium en y intégrant des technologies rendant ce matériau presqu’aussi efficace que le PVC, ou en le couplant avec d’autres matériaux.

Aujourd’hui, la majorité des fabricants affiche ainsi de bonnes performances et il semble difficile d’aller beaucoup plus loin en terme d’innovations technologiques.

Le véritable problème, selon Jehan Kappes-Grange, c’est « la mise en œuvre et les conséquences sur la perméabilité à l’air »« L’industrialisation de la menuiserie a entrainé une externalisation de la pose, d’où une tension sur les prix et un personnel souvent non qualifié », analyse-t-il. De fait, même avec une fenêtre aux performances excellentes, si la pose est négligée, la perméabilité à l’air peut être altérée et remettre en cause toute l’isolation de la maison. Un problème récurrent qui se retrouve également dans d’autres aspects de l’économie d’énergie (panneaux solaires, pompes à chaleur, isolation chanvre…), et qui ne pourra se résoudre, d’après le spécialiste, que par « une meilleure compréhension des techniques par les poseurs et le soin apporté à la mise en œuvre, afin de mieux intégrer les menuiseries dans les nouveaux modes constructifs ». La rénovation et/ou la construction durable est à ce prix.

Evaluation des performances thermiques des fenêtres, la bataille fait rage

Evaluer les performances thermiques d’une fenêtre. L’équation a l’air simple, mais la bataille fait rage sur les facteurs à privilégier, entre les deux principales organisations professionnelles. Il faut dire que les enjeux sont de taille, puisque les Bâtiments basse consommation vont se généraliser dans les années à venir.
D’un côté, l’Union des fabricants de menuiseries extérieures (UFME), de l’autre, le Syndicat national de la construction des fenêtres, façades et activités associées (SNFA). Pour les premiers, priorité est donnée à la conservation de la chaleur (facteur Uw), au moyen d’un vitrage le plus épais possible. Et tant pis, si la maison capte un peu moins de chaleur solaire (facteur Sw). Pour le SNFA, il n’est pas question de prioriser tel ou tel facteur : « selon le profil de consommation du bâtiment, sa situation, sa conception, l’influence relative de chaque caractéristique change. Une approche globale est donc indispensable ».
Deux démarches différentes en somme, les conclusions de l’UFME permettant davantage aux fabricants de livrer des produits en série, tandis que celles du SNFA permettent de faire un diagnostic, afin d’offrir un produit plus personnalisé au client.

Lexique :

Uw : Coefficient permettant d’évaluer la capacité d’un vitrage à conserver la température intérieure.
Sw : Coefficient permettant de mesurer le facteur solaire ou la capacité de la fenêtre à capter la chaleur solaire vers l’intérieur. On distingue le Sw d’hiver et celui d’été.
Tlw : Facteur de transmission lumineuse de la fenêtre vitrée, qui mesure l’intensité de la lumière naturelle filtrant à travers la paroi vitrée.

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