Foyers éthanol : un rapport qui sent le brûlot

Foyers éthanol : un rapport qui sent le brûlot

Le rapport rendu il y a trois mois par la Commission de sécurité des consommateurs (CSC) et relayé par l’UFC Que Choisir sur les foyers à l’éthanol n’en finit pas de faire des vagues. Cette étude tire à boulets rouges sur les fabricants du secteur. Retour sur une polémique qui semble profiter à certains lobbys…

Les foyers à l’éthanol. Des cheminées fâchant le Père Noël puisqu’il n’y trouve pas de conduit, mais pas seulement lui. Depuis un avis rendu en décembre dernier sur leur sécurité par la Commission de sécurité des consommateurs (CSC) et l’UFC Que choisir, les marchands de cheminée éthanol ont les oreilles qui sifflent.

Au coeur de la polémique : les risques d’intoxication au monoxyde de carbone (CO). Chaque année, ce gaz cause en effet la mort de 90 personnes (dont 44 en milieu domestique) mais… aucune à ce jour n’a été recensée à cause des cheminées à l’éthanol. Les essais effectués par le Laboratoire national de métrologie et d’essai (LNE) pour le CSC parlent pourtant d’eux-mêmes : « Trois foyers sur les quatre (testés, Ndlr) dépassent, et de façon très significative, les seuils d’émission de monoxyde de carbone de référence ». Pour Marc Gesiot, PDG d’Alfra, l’un des principaux fabricants de cheminée à l’éthanol, l’intensité des attaques vire au «  procès en sorcellerie ». Et le PDG de justifier : « Comme pour n’importe quelle combustion, il est nécessaire que l’air de la pièce soit renouvelé. C’est également une attitude de bon sens de ne pas utiliser ces objets dans des pièces de taille réduite et sans aération ». Pourtant selon la CSC, « si les quatre foyers avaient été équipés d’un détecteur de CO2 (… ), ils se seraient arrêtés avant la fin de leur réservoir par mise en sécurité de l’appareil. Dans trois cas sur quatre, cette mesure de précaution était justifiée en regard du taux de monoxyde de carbone accumulé ». Précisons que la CSC comme le PDG d’Alfra sont d’accord sur le fait que les détecteurs de CO ne sont pas fiables et qu’il vaut mieux un détecteur de CO2, qui, à partir d’un certain seuil, permet de présumer la présence de CO dans une pièce. ­Alfra a d’ailleurs été reçu par la CSC en tant qu’expert : « on avait tiré la sonnette d’alarme, notamment par rapport à certains produits bon marché venant de Chine ou d’ailleurs ». Des produits qui ne répondent à aucune norme et qui s’affranchissent parfois des droits de douane… web oblige.

Chauffage ou objets de déco ? Les enjeux de la future réglementation

Pour Marc Gésiot, un autre problème concerne l’usage qu’en font les consommateurs : « à la base, les cheminées à l’éthanol sont des objets de décoration. Elles ont été détournées de leur usage pour devenir des chauffages à part entière. Quoi qu’il en soit, les conditions de sécurité demandées pour les cheminées à l’éthanol sont beaucoup plus drastiques que pour certains appareils de chauffage ». Même son de cloche de la part de Jean-Luc Queyra, lieutenant-colonel chez les Pompiers de France : « initialement, les cheminées à l’éthanol étaient des objets de décoration, puis elles ont été de plus en plus utilisées comme chauffage d’appoint ». D’où des réglementations s’appliquant aux chauffages. L’article R131.1 sur la « prévention des intoxications par le monoxyde de carbone » prévoit ainsi que « les parties des locaux à usage d’habitation (… ) doivent être dotées d’une entrée d’air permanente directe ou indirecte dans le cas où l’appareil utilise, pour la combustion, une partie de l’air de la pièce dans laquelle il est installé ». Ce qui est le cas pour les foyers à l’éthanol sauf que… ces derniers ne sont pas considérés comme des appareils de chauffage ! L’enjeu de la future réglementation dans laquelle les industriels seront partie prenante au côté de la CSC, c’est donc de créer un cadre légal spécifique pour ces objets hybrides, à mi chemin entre appareil de chauffage et objet de déco… Et de rendre obligatoires les détecteurs de CO2.

En attendant, l’important selon lui, « c’est de bien ventiler la pièce et de respecter les consignes d’utilisation ». Alfra précise : « chacune de nos cheminées est accompagnée d’une notice d’utilisation. Tant que l’on respecte les consignes d’utilisation, il n’y a aucun risque. C’est comme si vous aviez une voiture équipée d’ABS ou d’airbag et que vous n’en connaissiez pas le fonctionnement, dans ce cas, votre sécurité n’est pas assurée ».

D’où l’intérêt, selon le PDG, d’être « accompagné avant et après l’acte d’achat, ce qui n’est pas le cas pour les cheminées vendues au rabais sur internet ».

Marc Gésiot admet qu’il y a bien eu « trois ou quatre accidents répertoriés, mais sans gravité » : nausées, maux de tête. Ce à cause d’une « mauvaise utilisation de produits étrangers ».

Et le PDG de raconter une anecdote : « suite à l’avis de la CSC, une dame a même mis sa cheminée éthanol dans un conduit de cheminée normal pour avoir une évacuation ! »

Risques accrus d’incendie et de brûlures

Mais le CO n’est pas le seul problème mis en lumière par la CSC et l’UFC Que choisir. Les seuils d’oxydes d’azote et d’aldéhydes sont également dépassés lors des tests. « On constate le dépassement du seuil limite d’exposition au formaldéhyde dès la deuxième demi-heure de combustion pour les quatre appareils », note la CSC. Mêmes reproches, mêmes réponses du PDG d’Alfra : « Les normes retenues par l’OMS sur lesquelles se basent la CSC sont difficilement respectables, selon le LNE. La simple cuisson d’un steak dégage autant de particules toxiques ! ». Et de vanter les mérites de l’aération toujours…

Pour Jean-Luc Queyla, les émanations ne sont pas tout : « les risques de brûlures et d’incendie ne sont pas négligeables ». C’est aussi l’un des points sensibles soulevé par la CSC : « En cas de rallumage à chaud, il peut se produire un phénomène de retour de flamme dans le récipient servant à remplir le réservoir de l’appareil (… ). Le feu peut se produire jusqu’à 1,60 mètre du foyer ». Côté brûlures, la CSC assure que « le foyer à l’éthanol présente autant de risques que tous les autres types d’appareils ménagers, de chauffage ou de cuisson produisant de la chaleur ». Sauf que, « le foyer à l’éthanol étant plus petit que la plupart de ces appareils (… ) la chaleur se disperse plus difficilement ». Des allégations balayées par Marc Gésiot qui en appelle à « l’intelligence des utilisateurs »« Le feu ça brûle », plaisante-t-il ! Pourtant le pompier concède : « nous n’avons jamais enregistré d’accidents dus aux cheminées à l’éthanol ». Même si la CSC a répertorié un incident : « un consommateur a signalé avoir été victime d’un accident lors de l’allumage d’un foyer à éthanol. Suite au débordement du combustible lors du remplissage du brûleur, le front de flammes s’est étendu sur toute la surface du brûleur à l’allumage pour atteindre une hauteur alarmante et dépasser le cadre de la cheminée. En voulant étouffer le feu et éviter la propagation d’un incendie, la victime s’est brûlé les mains au second degré ».

Qui derrière ce rapport ?

En tous cas, compte tenu des résultats inquiétants des tests, la CSC et l’UFC Que Choisir demandent au gouvernement « de prendre les mesures d’urgence visant la suspension immédiate de l’importation et de la mise sur le marché des foyers à l’éthanol qui ne répondraient pas à l’obligation générale de sécurité », notamment ceux qui ne seraient pas dotés de détecteur.

Ce en attendant la mise en place d’une réglementation efficace sur ces appareils de décoration à laquelle prendront part les fabricants de cheminée à l’éthanol, désormais regroupés en association.

Evidemment, les conséquences sur le secteur n’ont pas tardé à se faire sentir : « deux ou trois fabricants ont fermé ou quitté le pays, déplore Marc Gésiot, la baisse des ventes est conséquente en Europe et dramatique en FranceIl sera fondamental d’harmoniser les législations européennes à ce sujet ». Aujourd’hui, le secteur n’emploie que 400 personnes en France. Une broutille par rapport au lobby de la cheminée et du poêle en général qui pèse plus de 6 millions d’appareils. Reste à comprendre pourquoi le rapport d’Atmo Rhône Alpes sur la toxicité de la combustion bois avait fait beaucoup moins de vague il y a quelques mois… « Les marchands de cheminée à bois voudraient bien s’octroyer une part du gâteau », avance Marc Gésiot. Bref, le torchon risque bien de brûler également entre les cheministes traditionnels et ceux à l’éthanol…

Les recommandations aux utilisateurs

Ceux d’entre vous qui ont une cheminée à l’éthanol ou comptent en acquérir une doivent respecter certaines règles pour éviter les risques d’intoxication et/ou d’incendie.

– Ne pas utiliser les foyers à l’éthanol dans une pièce de moins de 10 mètres carré

– Veiller à ce que la pièce soit aérée régulièrement et ne pas utiliser dans une pièce sans ouverture

– Stocker l’éthanol en petite quantité, et toujours loin du foyer

– Ne pas recharger le foyer tant qu’il est encore chaud afin d’éviter les « retours de flamme »

– Ne pas utiliser ces foyers toute la journée. Leur vocation est décorative. Ils doivent être éteints lorsque plus personne n’est dans la pièce

– Les parois pouvant être très chaudes, ne pas laisser ces foyers à portée de main des enfants

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