Flamme verte, label cinq étoiles ?

Flamme verte, label cinq étoiles ?

Flamme verte représente 80% des appareils de chauffage au bois vendus en France. Après plus de dix ans d’existence, il s’est imposé comme le label faisant la pluie et le beau temps, en décernant des étoiles aux poêles comme Michelin aux grands chefs cuisiniers. Mais quelle réalité recouvre exactement Flamme verte ? Peut-on se fier à ce label en constante évolution ?

Pas facile de s’y retrouver parmi les dizaines de fabricants et les milliers de modèles lorsqu’on veut acheter un appareil de chauffage à bois. « Rendement », « émission de CO »… Autant de critères techniques pas évidents à appréhender pour les non-initiés.

Depuis 2000, l’Ademe et des professionnels tentent de clarifier l’offre du secteur en labellisant « Flamme verte » les poêles, inserts et autres chaudières à bois à l’aune de leurs performances énergétiques et environnementales (voir encadré ci-dessous).

En fait, pour décrocher le sésame, il suffit de posséder une norme : NF 13240 pour les poêles à bois, ou encore NF 14785 pour les poêles à granulés[1]. Flamme verte ne faisant que reprendre les exigences de ces normes. Cette ambiguïté ne convient pas à tout le monde : « On essaye de faire croire aux consommateurs que si les appareils ne sont pas Flamme verte, ils ne sont pas éligibles au crédit d’impôt ce qui est faux, déplore Christophe Laurent, responsable d’Ozone, une division du groupe Piroux. Il suffit d’avoir la norme qui correspond. »

Outil de communication

Alors, quelle réelle différence entre le label et la norme française ? « La NF n’est pas un outil mis en avant par les fabricants pour vendre leurs appareils. Très peu s’y réfèrent dans leur communication », justifie Olivier Bertrand, responsable de la branche biomasse au Syndicat des énergies renouvelables (SER). « Flamme verte facilite la tâche au consommateur, confirme Roland Gérard, chef adjoint du service bioressources de l’Ademe. « Cinq étoiles », c’est plus parlant que « 70 % de rendement ». Sans ce label, ce serait moins clair. » Côté fabricants, le label est avant tout une affaire de reconnaissance, comme le résume David Derouet, directeur commercial et marketing de Lorflam: « Flamme verte est incontournable pour être visible sur le marché et ne pas être perçu comme en dehors de la course. »

Incontournable, mais visiblement pas suffisant : « Nous nous attachons à être conformes aux futures règlementations, et pas seulement françaises. On anticipe sur la suite, pour convenir aux différents labels européens, de plus en plus convergents », ajoute-t-il. Lorflam s’efforce ainsi de décrocher le maximum de cinq étoiles Flamme verte pour chacun de ses poêles. Il s’aligne également sur la norme allemande, réputée plus restrictive.

Chez Ozone, Christophe Laurent est catégorique : « Hormis de la pub, Flamme verte ne nous apporte rien ». Pour lui, les 15 000 € de droit d’entrée que doit débourser chaque fabricant pour les frais de fonctionnement et de communication du label n’en valent pas la chandelle. David Derouet (Lorflam), au contraire, estime qu’il s’agit d’« un montant symbolique comparé au coût du développement du produit ». D’autres fabricants plus confidentiels peuvent difficilement s’offrir le label faute de moyens, même si leurs appareils remplissent les critères Flamme verte. « L’Ademe n’a pas vocation à financer éternellement Flamme verte », objecte Roland Gérard, qui renchérit : « Si les fabricants ne payaient pas, ils ne feraient peut-être pas autant cas de Flamme verte. »

Partenariat avec Qualibois

Pour Olivier Bertrand (SER), Flamme verte a le mérite de « tirer la filière vers le haut ». Au fil des ans, les exigences, vérifiées par des tests dans un laboratoire indépendant, se durcissent : à partir de janvier, seul les appareils quatre et cinq étoiles seront labellisés. Exit les trois étoiles. Ce durcissement n’est peut-être pas étranger à l’étude de l’UFC Que Choisir de janvier 2009, intitulée « un label douteux ». En cause : un calcul trop théorique des performances. « Flamme verte se contente en effet d’un PV d’essai effectué sur un appareil dont les réglages ont pu être modifiées et optimisés en cours de test dans le labo », peut-on lire dans cette étude. Les tests réalisés par ses propres soins laissent l’UFC sceptique : « Quatre appareil du test sont porteurs du label Flamme verte, dont deux qui ne le méritent pas. Soit 50 % d’échec, un taux qui démontre le laxisme dans l’attribution de ce label. »

Depuis cette étude, afin de prévenir les abus, l’Ademe redouble de vigilance. Désormais, des contrôles périodiques sont effectués sur les appareils a posteriori. Il s’agit de prélever un échantillon de modèles parmi le plus vendus, afin de tester leurs performances énergétiques et environnementales. La première série de contrôles a été lancée en 2010. Le SER communique : « Sur douze appareils testés, neuf, conservent leur classe d’origine, deux gagnent une étoile, et un appareil se trouve rétrogradé en classe quatre étoiles. » De plus, une convention a été signée le 2 décembre entre Flamme verte et le réseau d’installateurs Qualibois. En communiquant conjointement sur ces deux labels, le SER espère sensibiliser les consommateurs : la qualité de l’installation est aussi importante que celle de l’appareil en lui-même pour optimiser ses performances.

Toutefois, malgré des efforts de transparence et de visibilité, le label Flamme verte ne semble pas être le critère déterminant pour les consommateurs. En témoigne Patrick Parioleau, responsable du service pose au Castorama de Dijon : « Tous les poêles vendus chez nous sont labellisés. Les clients ne demandent pas expressément du Flamme verte, mais surtout des appareils éligibles au crédit d’impôt. » Une incitation financière en passe d’être nettement diminuée[2]. Or, l’argument phare de Flamme verte repose sur la possibilité de prétendre au crédit d’impôt (même si le label n’en n’a pas le monopole).

Quid de son attractivité, si le crédit d’impôt diminue ? « Nous espérons que les taux resteront suffisamment incitatifs », souhaite Olivier Bertrand. « Les volumes de ventes Flamme verte se maintiennent, évalue Roland Gérard, mais on voit une tendance des consommateurs à un retour vers l’entrée de gamme. » Leur crainte demeure la même : voir Flamme verte et sa démarche qualitative vaciller par le manque d’attractivité du crédit d’impôt.

[1] NF 15250 pour les poêles de masse, NF 13229 pour les inserts, NF 12815 pour les cuisinières, NF 12809 pour les chaudières.

[2] Les seuils de base du crédit d’impôt sont réduits en 2012. Pour une première acquisition, il passe de 22 % à 19 %. Pour un remplacement, il s’élève à 32 %, contre 36 % en 2011.

Onze ans d’existence pour Flamme verte

Depuis 2000, le label Flamme verte garantit des appareils de chauffage au bois aux niveaux de performances élevées. Actuellement, il assure un taux de rendement d’au moins 70 % et des émissions de CO inférieures à 0,3 %. Mis en place par le Groupement interprofessionnels de fabricants d’appareils ménagers (Gifam) et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ce label concerne 80 % des 450 000 appareils de chauffage au bois vendus chaque année en France (inserts, foyers fermés, poêles, cuisinières et chaudières). Il est attribué à chaque modèle d’appareil et non à un fabricant dans sa globalité.

En 2010, le label a évolué avec un système de classification en étoiles, calculée suivant une pondération entre le rendement et les émissions de CO. Actuellement, les appareils classés trois, quatre et cinq étoiles sont labellisés. A partir de 2012, seuls les modèles quatre et cinq étoiles conserveront Flamme verte. Et enfin les cinq étoiles à l’horizon 2015.

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