Designer Prod : « Un tremplin à jeunes talents du design »

Designer Prod : « Un tremplin à jeunes talents du design »

Lancé en août dernier, Designer Prod est une marque qui propose aux internautes de financer des créations de jeunes designers. Sur le modèle de My Major Compagny, son pendant musical, le site niçois enregistre jusqu’à 1 000 visites par jour. Le premier objet entièrement financé par le biais de Designer Prod, le dessous de table Oups, vient de sortir. L’occasion pour Michael Lopez, l’un des trois cofondateurs, responsable marketing et commercial, d’expliquer en quoi l’entreprise est novatrice et répond au problème de l’édition des designers.

Comment est né Designer Prod ?

Le site est en ligne depuis fin août. L’idée est venue de l’un de mes deux associés, Rémy Dominici, qui a créé des objets design. Nous avons remarqué à quel point il est difficile de trouver des éditeurs et combien les petits designers ont du mal à s’autoproduire. Face à la difficulté de se lancer sur le marché, on a décidé de réunir nos compétences pour créer notre marque : Designer Prod.

On part du principe que les designers, comme tous les artistes, ne sont pas les meilleurs pour se vendre. Nous proposons de promouvoir des jeunes talents qui peuvent, en dehors de toute problématique financière ou considération marketing, se concentrer sur la création.

Vous dites, dans un communiqué, que Designer Prod « s’apprête à bouleverser le monde du design ». Rien que ça…

Effectivement ! On propose une nouvelle manière de consommer. L’internaute participe au financement des créations. Il est impliqué dans toutes les phases du développement et dans les choix stratégiques, sur les matières et les coloris par exemple. Il suit en permanence l’évolution du produit. C’est en ce sens que nous prétendons révolutionner le design.

D’autres sites, comme L’Édito, proposent des systèmes de coédition depuis 2010. En quoi Designer Prod est-il si différent ?

Premièrement, on ne finance pas le développement d’un produit mais la production d’une série. Chez l’Edito, les coéditeurs financent un prototype et récoltent 20 % de réduction sur le prix et des royalties [10 % sur ventes reversés au prorata de l’investissement, NDLR]. Nous proposons au contraire un achat intelligent : le coproducteur reçoit un exemplaire gratuit du produit et un intéressement sur les bénéfices des ventes [50 % à répartir entre tous les coproducteurs, NDLR].

Deuxième grande différence : nous possédons une gamme complète de matières et de possibilités grâce à notre réseau de fabricants, là où L’Edito propose uniquement du bois multiplis et un système « ni clou ni vis ».

Ce type d’initiative est-il bien reçu dans le milieu du design ?

Du côté des designers, forcément ! En revanche, nous n’avons pas de contact avec les éditeurs classiques. Auprès des revendeurs, on fait valoir que nos produits répondent à une attente car ils ont été approuvés sur le site, au préalable. Et bien sûr, le concept fait que chaque coproducteur est un ambassadeur naturel du produit ! C’est notre grande force. Nous comptons une quinzaine de revendeurs, actuellement, dans la plupart des grandes villes de France. Et le réseau n’a pas fini de s’étendre.

Recrutez-vous sur le terrain ou par candidature ?

Nous continuons d’aller sur le terrain, surtout sur internet, voir les jeunes designers qui ne connaissent pas encore notre concept. Je vais aussi sur des salons pour découvrir de nouveaux talents. On élabore des partenariats avec des écoles. Et le bouche à oreille fonctionne aussi très bien !

On a commencé en août dernier avec une trentaine de designers. Aujourd’hui, ils sont 350. Et de nombreuses candidatures arrivent chaque jour. Cela prouve que l’édition est un vrai problème chez les nouveaux designers.

Vous reversez 10 % des bénéfices à ces designers une fois le projet abouti. Est-ce une rétribution suffisamment attractive ?

10 %, c’est très bien placé par rapport aux autres éditeurs. Sans compter que nous proposons un cachet de 1 000 € au début de la distribution. Les licences d’exploitation sont signées pour cinq ans. Chose importante : le designer reste propriétaire de son œuvre. Libre à lui au bout de ces cinq ans de rejoindre un autre éditeur. Nous nous positionnons comme un tremplin à jeunes talents, avec comme volonté de les aider à lancer leur activité et éventuellement à la développer.

Quels sont vos critères de sélection ?

Il faut déjà que l’objet soit réalisable. Les designers vont parfois un peu loin ! Il faut une réalité de prix aussi, car la pièce est destinée à une production industrielle. Nous produisons des objets déco : accessoires, mobilier, luminaires etc. La gamme est assez large.

Il y a enfin une notion de qualité de travail, avoir une vraie nouveauté et pas une énième chaise vue et revue. Après, l’idée est de laisser sa chance à tout le monde.

Avez-vous un design de prédilection ?

Plutôt un style contemporain, au sens large. On choisit rarement des produits classiques. Notre originalité fait que nous n’avons pas une collection figée sur l’année. Pour les revendeurs, c’est important d’avoir des produits qui répondent constamment à une tendance.

Oups, le dessous de table créé par Romain Petit, est le premier objet entièrement financé par les internautes. Pourquoi ce produit a-t-il autant été plébiscité ?

C’est un produit décalé, dont le côté humoristique a sensibilisé les internautes. Oups est un produit d’appel sympa en tant de crise. Si les budgets sont limités, c’est que nous proposons surtout du divertissement aux internautes.

Justement, quel est le profil des internautes de Designer Prod ? Y a-t-il une démocratisation du design à ce niveau ?

Tout à fait. De multiples profils se croisent, hommes comme femmes, et pas simplement dans les grandes villes. Toutes les tranches d’âge sont représentées.

Des pronostics sur les prochains best-sellers de Designer Prod ?

Le set de coquetiers de Mc Liotta Design est en cours de production. Il sera dispo fin avril. Parmi les prochains produits, un accessoire de bureau arrive en tête. Vient ensuite la carafe décalée de Julien Vidame.

Designer Prod : une histoire de potes

Tout part de Rémy Dominici qui, un jour de 2009, crée quelques prototypes d’objets design. Face à sa difficulté pour trouver un éditeur, il fonde avec son frère et un ami une plateforme où les jeunes designers pourront être directement financés par les internautes. Designer Prod naît le 23 août 2011.

Rémy s’occupe de dénicher les fabricants pour réaliser les créations. Il assure le développement du produit, le suivi de production, ainsi que toute la logistique.Son frère, Damien Dominici, fort de son expérience qui aura duré huit ans en tant que manager dans la restauration à New York, s’occupe de la gestion financière et du service client de Designer Prod.

Michael Lopez, quant à lui, possède une formation d’architecte. Au début de sa carrière, il s’installe comme graphiste 3D indépendant, puis travaille comme agent commercial dans la distribution de mobilier. En tant que passionné de design, il s’associe naturellement à Designer Prod en tant que responsable marketing/commercial.

A ces trois trentenaires s’ajoute Andrew Ackah-Miezan, 43 ans, l’ingénieur informatique qui gère toute la plateforme Designer Prod.

Designer Prod : comment ça marche ?

Après sélection par l’équipe de Designer Prod, les créations sont soumises au vote des internautes. Celles qui récoltent le plus grand nombre de votes font l’objet d’une étude pour calculer le budget nécessaire à leur production. Elles sont ensuite proposées à la coproduction. Les internautes achètent des parts jusqu’à atteindre le montant fixé. La fabrication peut alors commencer.

Les votants qui n’investissent pas d’argent dans le projet bénéficient quand même de 10 % de réduction sur le prix de l’objet.

Pour l’internaute qui veut investir, le montant de la part correspond au prix de l’objet. Une fois la production lancée, il reçoit gratuitement un exemplaire de l’objet. Tous les coproducteurs se partagent 50 % sur les bénéfices des ventes de la première série (Designer Prod empoche 40 % et le designer du produit 10 %). Puis sur les séries supplémentaires, les coproducteurs gagnent 20 % sur les bénéfices. Si le coproducteur parraine un acheteur, ce dernier obtient 10 % de réduction sur le prix hors taxe de l’objet.

Lien pour marque-pages : Permaliens.