Construire son système de récupération d’eau de pluie

Construire son système de récupération d’eau de pluie

Une cuve de 10 000 litres pour récupérer l’eau de pluie. C’est le projet de Cindy et Benoît pour équiper leur maison rouge nichée au cœur du Boulonnais. Pour un chantier de cette ampleur, il est nécessaire de faire appel à une entreprise pour les travaux de terrassement et le dépôt de la cuve. Ce système va permettre de fournir les besoins en eau nécessaires à toute la maison  toilettes, sanitaire, arrosage…

Creuser le trou qui accueillera la cuve

Dans le cadre de l’installation d’un système de récupération d’eau de pluie de cette importance, il est indispensable de faire appel à une grue afin de déblayer le terrain et de creuser le trou dans lequel se placera la cuve.

Au préalable, il convient de bien évaluer la profondeur du trou car la cuve ne doit être recouverte que d’une cinquantaine de centimètres de terre.

Une fois le trou creusé, on déverse du sable afin de mettre à niveau le sol pour que la cuve soit posée sur une surface plane.

Installer la cuve dans le trou

Une fois le sablage terminé, il ne faut pas trop tarder avant de placer la cuve dans le trou afin que les parois ne s’affaissent pas. Une grue de 50 tonnes est nécessaire à l’opération. L’engin permet de placer délicatement et précisément la cuve dans le trou. Il faut en effet y parvenir en une seule fois, sous peine d’endommager le trou et que la cuve ne soit pas tout à fait à plat.

Creuser la tranchée pour les gaines

On creuse alors une tranchée pour enfouir deux gaines : une pour le tuyau d’aspiration (diamètre 90 mm), et une autre pour le câble de la sonde de capacité de la cuve (diamètre 40 mm). Cette dernière permet de connaître le pourcentage de remplissage de la cuve.

Raccorder provisoirement la cuve

On passe ensuite à un raccordement provisoire afin que la cuve se remplisse dès les premières pluies. On procède ainsi pour éviter que la cuve ne remonte sous la pression de la terre gorgée d’eau. Cela permet en outre d’avoir une réserve d’eau disponible pour les plâtreries et autres nettoyages.

Creuser le puit d’infiltration

Juste à côté de la cuve, on creuse un puit d’infiltration qui captera le trop plein d’eau du réservoir. On le comble avec une vingtaine de tonnes de gros cailloux, et une dizaine de tonnes de déchets de blocs de briques.

En sortie de cuve, un siphon a été fabriqué sur-mesure avec 4 coudes à 90° afin d’éviter d’éventuelles remontées d’odeur à l’intérieur de la cuve.

Le tuyau de trop plein a été lacéré à la tronçonneuse afin d’agir comme un drain. Il a ensuite été recouvert de gravats pour le protéger. Un film géotextile viendra recouvrir l’ensemble avant de remettre la terre végétale.

Finitions de la cuve

Au dessus de chaque regard de la cuve on scelle des réhausses de 50 cm de large avec un cordon de mastic étanche à l’eau. Un petit cimentage au pied de la réhausse est prévu pour solidifier l’ensemble.

Les réhausses sont tronçonnées afin que les cadres en fonte hydraulique soient à fleur du terrain après le remblais en terre végétale.

Récupérer l’eau de pluie en France, un parcours du combattant ?

En France, récupérer l’eau de pluie n’est pas chose facile. La faute à une législation très stricte en la matière. Les dispositions légales sont actuellement en cours de modification et ne vont pas arranger les affaires de ceux qui souhaitent utiliser ces systèmes, notamment pour l’intérieur de la maison. Lorsqu’il s’agit d’un usage de l’eau à l’extérieur (arrosage du jardin, nettoyage de terrasse, de voiture…), pas d’obstacle notable, excepté un filtrage obligatoire pour se débarrasser des matières organiques.

Pour l’intérieur, les toutes dernières directives portent un coup dur à ces systèmes de récupération. Un arrêté interministériel actuellement en cours de signature stipule en effet dans son article 3 que « tout raccordement, qu’il soit temporaire ou permanent, du réseau d’eau de pluie avec le réseau de distribution d’eau destinée à la consommation humaine est interdit. » Il est donc nécessaire d’avoir un réseau distinct du réseau collectif de distribution d’eau potable. Autant dire que la liste des travaux s’allonge considérablement, tout comme les zéros en bas de la facture… Concrètement, même pour des usages tels que la chasse d’eau ou la machine à laver, il faut identifier et isoler totalement les installations pour l’eau de pluie et l’eau potable de ville. Des robinets spécifiques pour chacune d’elles sont par ailleurs obligatoires. Il est impératif de poser un disconnecteur, devant être contrôlé tous les ans et répondant aux normes EN1717.

Du côté de la Direction générale de la santé (DGS), on justifie ces mesures par le fait que « les eaux de pluie ne répondent pas aux critères de potabilité. En cas de raccordement entre le réseau d’eau de pluie et le réseau d’eau potable, le risque de contamination de ce dernier n’est pas négligeable. »

Et ce n’est pas tout. Il est également nécessaire de passer par une phase de rééquilibrage du PH et de désinfection de l’eau grâce à un traitement aux UV ou une filtration ultra-performante. Autre obstacle : un compteur – aux frais de l’installateur – doit être posé sur l’installation afin qu’elle soit assujettie à une taxe sur le retraitement des eaux.

Bref, un véritable parcours du combattant plutôt à contre courant de ce qui se fait en Europe. En Espagne par exemple, ces systèmes de récupération d’eau de pluie sont obligatoires sur toutes les nouvelles constructions. On se demande finalement si le crédit d’impôt octroyé en France est si intéressant compte tenu de toutes ces contraintes…

Combien ça coûte ?

5550 € tout compris. C’est ce qu’il en a coûté aux Maffrand pour installer ce système de récupération d’eau de pluie. « Nous avons tout fait par nous-mêmes, explique Benoit Maffrand, sauf pour la pose de la cuve et le terrassement, où nous avons du nous appuyer sur des prestataires extérieurs, utilisation de la grue oblige ».

« Il faut compter au moins 20 ans pour rentabiliser un tel système, poursuit Benoit Maffrand, bien qu’il soit très difficile de calculer précisément l’amortissement ». Pour le couple, les motivations n’étaient donc pas uniquement économiques. « Nous habitons dans le Pas-de-Calais, une région où la terre absorbe très peu l’eau, il fallait de toutes façons que nous installions un système pour drainer l’eau de pluie sur notre terrain ». Mais ce n’est pas tout : « nous avions également des motivations écologiques ». Après la maison en bois construite par le couple, le système de récupération d’eau de pluie paraissait couler de source. « Maintenant, l’eau est beaucoup plus douce. Plus besoin de crème hydratante après la douche ! » Au-delà de ce « petit plus » dermatologique, l’usage de l’eau de pluie induit d’autres avantages : « l’eau dans le Nord est très calcaire. Avec l’eau de pluie, plus besoin d’anticalcaire pour la machine à laver ou les canalisations. Et l’eau, du fait de sa douceur, chauffe beaucoup plus vite ».

Le détail des prix

MATERIEL PRIX
Cuve de 10.000 litres 1600 €
Travaux de terrassement et relevage de cuve 500 €
Préfiltre (pouzzolane + filtre en mousse) 250 €
Réhausses pour cuve + fonte + PVC 400 €
Surpresseur + vessie 200 litres + crépine + sonde de capacité 1100 €
Stérilisateur UV + filtres 1300 €
Divers plomberie (raccords, vannes flexibles, manomètre, disconnecteur…) 400 €
TOTAL 5550 €
Lien pour marque-pages : Permaliens.