Collectifs de designers : quand l’union fait la force

Collectifs de designers : quand l’union fait la force

5 designers, Pépin le malin, Ibride ou Nodiktat : ces collectifs de designers ont préféré travailler en équipe. En famille ou entre amis, leur complémentarité est au service de leur créativité. Nostrodomus vous dresse leurs portraits.

Créer – et signer – perso ? Ce n’est pas vraiment la tasse de thé des Pépin le Malin, Ibride, Nodiktat ou autres 5.5 designers. Tous ont pour point commun de s’être réunis en collectifs. Ils jouent – avec succès – la carte de la complémentarité en famille, entre amis ou juste entre personnes ayant envie de réunir leurs univers.

Pépin le Malin : « Être à plusieurs permet de se soutenir en période de doute »

Chez Pépin le Malin, l’histoire rime avec frangins. Cette maison d’édition d’objets de décoration et de design rennaise est née fin 2004 de la réunion de trois frères. « Nous avions envie de faire exister les délires que nous avions lorsque nous étions tout petits », explique Arnaud Benoît, l’aîné. Après une première expérience associative et musicale de plusieurs années (Kangourou Groove Box), l’union familiale coulait de source. Et ce en dépit des formations des uns et des autres, plutôt éloignées du design : biologie cellulaire pour l’un, logistique pour l’autre, photographie pour le dernier. « Avoir créé une société nous donne davantage de crédibilité qu’un créateur seul », souligne Arnaud Benoît. « Etre à plusieurs permet de se soutenir en période de doute. Et, en famille, les disputes sont plus efficaces », plaisante-t-il. Si les idées naissent de discussions de groupe, la répartition des autres tâches s’est faite toute seule. L’aîné assure la partie commerciale et la supervision artistique. Grégoire, le cadet, achète les matériaux et trouve les ateliers de production. Clément, le benjamin, lui, gère la communication et le site internet.

« Aujourd’hui, la société Pépin le Malin tourne très bien, se réjouit Arnaud Clément. C’est aussi parce qu’on ne vend pas seulement nos créations mais aussi notre savoir-faire et nos réseaux ». Côté produits 100 % Pépin le Malin, le plus grand succès commercial se nomme Col’Clé, un astucieux système aimanté pour retrouver facilement ses clés dans son sac à main. La gamme compte aussi des coussins « monstre » aux couleurs vives, des lampes, des patères en forme de silhouette, des serviettes de plage « 360° », un doudou étiquette, etc. Outre son showroom bien réel à Rennes, Pépin le malin peut s’appuyer sur son site internet, un relai essentiel des ventes, et sur un réseau de distributeurs (60 boutiques en France et plus d’une vingtaine à l’étranger).

Ibride : « Notre force est à trois, dans la complicité, les compétences, les bouillonnements »

L’univers mystérieux d’Ibride est lui aussi le fruit d’un trio familial. Créée en 1996, la société réunit Carine Jannin, diplômée de l’ESC Grenoble-école de management, Rachel Convers, graphiste et Benoît Convers, designer. Des compétences parfaitement complémentaires ! Aujourd’hui, Ibride travaille avec des centaines de diffuseurs, dont Paul Smith, Liberty ou les Galeries Lafayette. Et les étrangers craquent : 60 % des ventes sont réalisées à l’export. « Nous voulons des objets qui soient avant tout sensibles. L’objectif est de leur insuffler plus que du caractère, de la présence, indique Carine Jannin. Ibride construit le style de ses créations autour d’une mythologie, une iconographie constituée d’images et de formes issues d’expériences visuelles réelles ou fantasmées. Nous voulons que les objets soient reliés les uns aux autres par un fil invisible, une sorte de lien de parenté. » Tous les objets Ibride offrent ainsi un jeu de double lecture, de double fonction. Certitude : ils ne laissent pas indifférents. Parmi les produits emblématiques de la société : les plateaux de service qui se transforment en tableaux ou le « mobilier de compagnie », petits meubles à la forme incongrue mais à la fonction bien définie. Avec le recul, le choix de se regrouper plutôt que de travailler à titre individuel semble ne présenter que des avantages. « Notre force est là, à trois dans la complicité, les compétences, les bouillonnements, analyse Carine Jeannin. Cette complémentarité nous a permis de nous tailler une vie professionnelle sur mesure et de nous confectionner un atelier de création à notre image. »

« le groupe nous apporte une force de frappe et une réactivité plus importante »

Histoire différente pour les 5.5 designers, qui se sont rencontrés sur les bancs de l’école. « Après nos études de design, nous avions envie de réaliser un dernier projet ensemble avant de nous engager dans la vie professionnelle », se remémore Jean-Sébastien Blanc, designer associé. Comme ils sont six, dont un mi-temps, le nom du groupe s’impose de lui-même. Ce sera les 5.5 designers. Seulement voila : le projet en question (Reanim, ndlr) fait mouche ! Les Galeries Lafayette sont séduites et leur confient un contrat. Ils se structurent alors en agence. Aujourd’hui, la structure compte quatre associés et au total une dizaine de personnes. Et elle s’apprête à fêter en grande pompe à Milan ses… cinq ans et demi ! « Le groupe nous apporte une force de frappe et une réactivité plus importante, ce qui est appréciable sur de gros projets industriels », analyse Jean-Sébastien Blanc. Cela permet aussi d’associer des compétences différentes : « le design, ce n’est pas seulement de bonnes idées, c’est aussi les faire vivre techniquement, les vendre, les faire exister ». Le fait d’être plusieurs joue aussi sur les produits en eux-mêmes. « Notre design n’est pas stylistique ni formel car c’est dur de se mettre tous d’accord. Nous avons plutôt un design méthodologique qui consiste à répondre à une problématique, à un brief », note Jean-Sébastien Blanc. Un travail atypique. Reste que sur la philosophie, tout le monde est exactement sur la même longueur d’ondes. Alors que notre époque se caractérise plutôt par une surenchère de produits à visée mercantile, les 5.5 designers veulent créer des objets « avec du sens », « redéfinir le mot design » et « travailler sur des problématiques générationnelles » (environnementales ou sociétales). Avec un constat : à 28 ans, ils risquent de vivre les conséquences des problèmes actuels, contrairement aux décisionnaires plus âgés. De quoi motiver une sérieuse envie de faire bouger les choses. Leur vision a d’ores et déjà séduit une légion de grandes marques : Bernardaud, Baccarat, Legrand, Lutèce, Scotch-Brite, etc.

Nodiktat : « L’objectif premier est communautaire »

Autre modèle de regroupement : Nodiktat. Ici, la proximité n’est pas géographique mais virtuelle, sur internet. Il s’agit en fait d’un « collectif à géométrie variable » de graphistes et de designers, dont la vocation est de faire partager l’univers graphique de chacun à travers des supports variés en série limitée : t-shirt, affiche sérigraphiée, stickers, sacs, etc. Le premier site a été mis en ligne en mai 2007 et la nouvelle version vient juste de sortir. « L’idée est de créer une place d’expression pour les designers et les graphistes, de mettre en avant des choses atypiques », explique Arnaud Lemercier, alias « Stan », chef de projet.

A la base, une agence de communication et de création graphique : La langue du caméléon. Le business marche bien mais la créativité est parfois bridée par les contraintes économiques. Le projet de Nodiktat se veut complémentaire. « L’objectif premier n’est pas la viabilité économique mais l’aspect communautaire. On veut montrer des choses intéressantes et originales. Si les graphistes présents sur le site sont des gens que nous connaissons bien, à terme nous voulons aussi présenter des gens qui ne travaillent pas pour nous, des photographes, etc. » Les membres du collectif Nodiktat sont déjà au nombre de huit : Bones Fraktor, CÄät, Clinecast, Elzo, Oréli, Picky Rose, SuperPantoufle et Tönky. Et le site reçoit des propositions de collaboration tous les jours. Pour l’heure, la priorité est déjà d’écouler les stocks d’objets édités, puis de réinvestir. Avis aux amateurs. Entre autres, vous pouvez d’ores et déjà adopter une peluche faite main « Atomic Ninja », un T-shirt « it’s fun to lose » ou des stickers et posters très graphiques.

Lien pour marque-pages : Permaliens.