Stéphane Plaza : "On ne s'improvise pas home stager en trois jours"

Interview
  • rédigé par Virginie Trin

  • publié le 14 novembre 2011 dernière modification depuis plus de 6 ans Vue 7192 fois
Depuis six ans, Stéphane Plaza anime l'émission « Maison à vendre » sur M6, où il met en valeur les logements pour les rendre plus « vendeurs ». Cet agent immobilier de formation s'est distingué comme l'importateur du home staging en France. Croisé au salon Habitat et déco 2011 à Nantes, il livre à Nostrodomus sa vision du home staging.

Nd : Quelle est la différence entre déco d’intérieur et home staging ?

Le home staging est un peu plus neutre que la déco. On met en valeur des couleurs comme le beige, le blanc ou le taupe, pour que la lumière entre un maximum, et on accessoirise avec des couleurs punchy. Il s’agit de jouer avec des coussins, des lampes, des tables. Mais il est rare qu’on repeigne toutes les pièces en rouge ! Le mobilier retrouve également une seconde jeunesse. Cela reste au fond de la déco, mais ici, c’est le contenu qui est plus flashy que le contenant, et non l’inverse. Ce qui permet aux acheteurs de repartir sur une base plus neutre.

Stephane Plaza homestagingimage Stephane Plaza homestaging

© Nostrodomus

Nd : Le concept de home staging donne l’impression qu’il suffit de repeindre ses murs en blanc, de dégager un peu la pièce et de faire entrer la lumière. Bref, que tout le monde peut s’improviser home stager ?

Il y a beaucoup de choses que l’on peut faire soi-même : vider les meubles ou réparer les prises, de même qu’enlever le papier peint et mettre un coup de blanc sur les murs. Ce sont des choses qui ne coûtent pas beaucoup d’argent mais qui coûtent du temps.
Pour le reste, le home staging reste un métier, avec une formation et une expérience. Il faut avoir un don de l’harmonie des couleurs, comme quand on s’habille. Avoir du style.
En général, une maison se vend mieux meublée que vide (quand il n’y a pas trop de meubles). Si dehors il fait moche et que la maison est vide, il faut beaucoup d’imagination pour se projeter ! On dit souvent que la décoration entre pour 10 à 20 % dans la décision d’achat. On achète une maison pour une ambiance. Généralement, l’acheteur fait son choix dans les 90 premières secondes de la visite.

Nd : Le "garden staging", l’aménagement de son jardin, est-il aussi important que le home staging ?

Oui. Sur certaines maisons, on peut parfois jouer davantage sur l’extérieur que sur l’intérieur. S’il y a tout à faire dans le jardin, que le gazon est mal entretenu, le portail abîmé etc. L’acheteur va repartir avant même d’être entré dans la maison, car il se demande : "Comment ça va être à l’intérieur ?"

Nd : Depuis l’émission "Maison à vendre", le nombre de home stagers a explosé…

Il faut faire attention. Bien sûr, l’émission a amené ce nouveau métier en France mais il faut avoir des qualités pour le faire. On ne s’improvise pas home stager en trois jours de formation (voir un extrait de la conférence donnée par Stéphane Plaza, au salon Habitat et déco à Nantes, le dimanche 13 novembre 2011, ci-dessous). Le home stager est un metteur en scène : il faut du travail et de l’évolution avant de monter sa pièce.

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Nd : Quels conseils donneriez-vous à des particuliers pour ne pas se faire avoir ?

Satisfait ou remboursé si la maison n’est pas vendue ! Voir aussi si les agences immobilières travaillent avec des home stagers connus sur le marché. Avant de dépenser son argent, faire des devis. C’est comme lorsqu’on achète une voiture : voir peut-être les professionnels un peu plus connus. Surtout, ne pas hésiter à appeler les gens et regarder ce qu’il ont fait avant, ce qu’ils ont vendu.

Nd : Que rapporte une prestation de home staging pour le vendeur ?

Il faut savoir qu’on ne va pas vendre sa maison plus cher avec du home staging… On va vendre plus vite, créer un coup de cœur. Il n’y aura pas de négociation parce qu’il n’y aura pas matière à négocier. Il faut que cela représente 2 à 4 % du prix de la maison, pas plus. Au-delà, c’est uniquement de la déco ou des gros travaux.

Nd : Homestaging = cache-misère ?

Non, parce qu’on cible certaines pièces. Dans une maison de 100 m², il vaut mieux 40 m² bien faits que tout réaménager à peu près. Ce sont les finitions que les gens regardent.

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© Nostrodomus

Nd : Le home staging ne risque-t-il pas de donner des maisons témoins sans véritable charme ?

Les murs peuvent ressembler à l’intérieur d’une maison témoin, mais l’idée est que ce soit quand même moderne. La force du home staging, c’est de faire des choses neutres. Mais avec des accessoires, qui ne vont pas choquer l’œil de l’acheteur, on peut donner une âme, habiller une maison : des coussins rouges, une table bleue… Tout en expliquant à l’acheteur qu’on peut enlever ces accessoires après la vente.

Nd : Vous vous considérez comme un pionnier en la matière ?

Je pense que le home staging est arrivé en France grâce à "Maison à vendre", en tout cas pour le grand public. Mais cela existe depuis trente ans outre-Manche. Là-bas, ce n’est pas la même mentalité. Par exemple au Canada, les maisons en vente sont impeccables…

Nd : … C’est donc un problème français ?

En France, le vendeur se projette déjà dans son prochain "chez soi". On pense souvent à acheter les meubles pour sa nouvelle maison mais jamais à les utiliser pour vendre l’ancienne. Et puis, le marché était tellement porteur à une époque que tout se vendait rapidement. Sauf que depuis cinq ou six ans, les prix ont augmenté. Les acheteurs sont maintenant plus pinailleurs, dans le bon sens du terme.

Nd : Toutes les maisons sont-elles home "stage-ables" ?

Tout peut se vendre et tout peut s’acheter tant qu’on reste aux prix du marché. Si cette condition n’est pas remplie, le home staging ne sert à rien. Tout dépend des maisons et surtout à qui s’adresse la maison. Si c’est un cinquième étage sans ascenseur, on ne va pas vendre à des personnes âgées, donc ce n’est pas le même travail de home staging. Il faut se renseigner sur le marché et ensuite s’adresser au home staging. Éventuellement. Voir si on peut vraiment améliorer les pièces avec du home staging. C’est au cas par cas.

Stéphane Plaza, de l'immobilier à la télé

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© Nostrodomus

Stéphane Plaza est agent immobilier depuis l’âge de 18 ans. Aujourd’hui, à 41 ans, il possède dix agences immobilières, principalement à Paris. Le home staging est venu à lui par hasard. "En septembre 2005, M6 faisait un casting sauvage au salon de l’immobilier, à Paris, auquel je participais, pour sa nouvelle émission", explique-t-il. Depuis, il anime "On ne choisit pas ses voisins", "Recherche appartement ou maison", et "Maison à vendre", où il donne ses conseils en home staging. Sur les quarante logements sur lesquels il est intervenu au fil des émissions, 38 ont trouvé acquéreur.

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