Stéphan Chevassut, spécialiste énergies renouvelables à l'ADEME Bretagne

Interview
  • rédigé par Kevin Storme

  • publié le 17 juillet 2008 dernière modification depuis plus de 9 ans Vue 3431 fois
Les énergies renouvelables sont un élément essentiel dans l'habitat ''vert''. Toutes ces énergies se valent-elles ? N'y-a-t-il pas quelques précautions à prendre quand on veut bâtir une ''maison verte" ? Eléments de réponse avec Stéphan Chevassut, spécialiste des énergies renouvelables à l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) Bretagne.

Quelles sont les principales sources d’énergies vertes ?

Il y a l’énergie solaire, le bois et la géothermie. Le solaire a deux usages : l’électricité et le chauffage. Pour la production d’électricité, on utilise le solaire photovoltaïque. Ce sont des cellules en silicium qui captent le rayonnement lumineux du soleil et le transforment en électricité.

Pour le chauffage, il s’agit du solaire thermique. La chaleur du soleil peut servir à chauffer l’eau chaude sanitaire et/ou la maison. Le panneau solaire a pour fonction de chauffer un liquide qui va échanger ses calories avec un circuit d’eau moins élevé en température. Ce système ne produit pas d’électricité mais uniquement de la chaleur.

Le bois existe depuis la nuit du temps. C’est un matériau particulièrement efficace et peu polluant.

Enfin la géothermie récupère la chaleur du sol. Elle est utilisée par l’intermédiaire des pompes à chaleur. En utilisant 1 KW/h électrique on peut en récupérer 4 au niveau thermique.

Quelle est l’énergie la plus économique ?

Il n’y a pas de solutions idéales mais des réponses adaptées au contexte. Les usages ne seront pas les mêmes selon différents facteurs extérieurs, notamment l’orientation. Par exemple, pour une maison exposée au Nord, il n’y a aucun intérêt à poser des panneaux solaires. On pourra alors se tourner plus facilement vers le bois pour le chauffage.

C’est pourquoi l’orientation est à prévoir dés la construction d’une habitation neuve.

En combien de temps est rentabilisé un investissement en panneaux solaires ?

Ici encore, tout dépend du contexte, de l’orientation de la maison, de l’isolation et de l’énergie de base (fuel, électricité, gaz, bois). Généralement, on estime qu’un tel système peut être amorti sur 9 à 15 ans, avec les aides.

Passive, bioclimatique, autonome… Quelle est la maison la plus écologique ?

Grâce à son environnement, et éventuellement à des panneaux solaires, la maison passive produit elle-même l’énergie qu’elle consomme. Elle est isolée et orientée de manière à conserver la chaleur et/ou la fraîcheur l’été. C’est donc celle qui va le plus loin dans la démarche écologique. De plus elle peut produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme, et il devient ainsi possible de vendre cette électricité sur le réseau.

Peut-on en trouver en France ?

A ma connaissance il y en a très peu. C’est surtout en Allemagne que l’on trouve des maisons passives. En revanche, en Bretagne par exemple, de plus en plus de particuliers font le choix des maisons bioclimatiques. Des habitations utilisant au mieux le climat et les matériaux pour réduire leurs factures d’énergie.

Y-a-t-il un revers de la médaille à l’utilisation de ces énergies vertes ?

Techniquement non. L’impact est positif. L’utilisation de l’énergie solaire et du bois est efficace depuis longtemps. Les économies engendrées par ces solutions de production se font sentir très rapidement.

Toutefois, afin de pouvoir bénéficier d’une installation de qualité à la fois sur la pose et le matériel, il est indispensable de demander un équipement disposant des normes et agréments (NF, CE, agréments CSTB pour le matériel). De même, il faut être sur que les entreprises maîtrisent parfaitement les techniques de bioconstruction.

Les pompes à chaleur font couler beaucoup d’encre, sont-elles vraiment écolo ?

D’abord, il faut dire que les pompes à chaleur nécessitent un apport en énergie important, contrairement au bois ou aux panneaux solaires. Elles sont efficaces, mais elles consomment tout de même de l’électricité en quantité. En effet, pour restituer 4 à 6 KWh thermique, elles ont besoin de 1kw/h. De prime abord, c’est donc une démarche écologique, mais le fonctionnement des pompes à chaleur peut poser des problèmes sur le réseau électrique parce qu’elles augmentent la consommation d’électricité à des périodes de forte demande.

Le chauffage au bois est-il finalement une bonne alternative ?

Le bois est une énergie très écologique. La combustion du bois dégage autant de CO2 que l’arbre en aura stocké durant sa vie. Lorsqu’une forêt est bien gérée (ce qui est le cas en France avec un accroissement annuel de la surface forestière), un autre arbre planté en captera autant durant toute sa vie. On est donc dans un circuit fermé. En revanche, il convient de faire attention au fait que le bois provienne bien de forêts françaises (NF bois). Ici, le bois est toujours renouvelé et les forêts, parfaitement gérées, ne sont pas menacées. En outre, un bois traité avec des fongicides peut dégager des substances toxiques. D’où l’importance de bien choisir son bois.

Quelles sont les aides apportées par l’Etat pour la promotion des énergies vertes ?

Il existe des crédits d’impôt pour l’installation de matériaux d’isolation thermique, d’appareils de régulation de chauffage (individuels ou collectifs), d’équipements de production d’énergie utilisant une source d’énergie renouvelable ou des pompes à chaleur dont la finalité essentielle est la production de chaleur (voir encadré, Ndlr). Les différentes collectivités locales (Conseil régional, Conseil général, commune… ) peuvent également octroyer des aides supplémentaires.

Les énergies renouvelables, un investissement rentable

20. C’est le chiffre phare du Grenelle de l’environnement qui s’est déroulé en octobre dernier autour du gouvernement, des collectivités territoriales et d’ONG. 20 % de la consommation d’énergie globale devrait être renouvelable, pour espérer une baisse de 20 % des émissions de CO2 d’ici à 2020. Afin de tenir ces objectifs, l’Etat a mis en place un crédit d’impôt permettant d’amortir jusqu’à 50 % des dépenses effectuées.

Ce crédit d’impôt nouvelle version s’étend désormais à la liste suivante :

  • Chaudières à basse température utilisées comme mode de chauffage ou de production d’eau chaude.

  • Chaudières à condensation utilisées comme mode de chauffage ou de production d’eau chaude.

  • Matériaux d’isolation thermique.

  • Appareils de régulation de chauffage permettant le réglage manuel ou automatique et la programmation des équipements de chauffage ou de production d’eau chaude sanitaire.

  • L’intégration à un logement neuf ou l’acquisition d’équipements de production d’énergie utilisant une source d’énergie renouvelable et/ou de pompes à chaleur spécifiques.

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