Rénovation verte : des objectifs trop ambitieux ?

Enquête
  • rédigé par Kevin Storme

  • publié le 31 octobre 2008 dernière modification depuis plus de 9 ans Vue 2770 fois
La Réglementation thermique impose, pour l'année 2012, un seuil de consommation énergétique maximale pour les bâtiments anciens faisant l'objet d'une vente. Chaque année, plus de 800.000 logements anciens (sur 30 millions) sont vendus en France – et seront donc à rénover. L'inquiétude est latente chez les particuliers et les professionnels dont on se demande comment ils vont gérer la rénovation d'un parc immobilier si important.

Effinergieimage Effinergie

Le label Effinergie est délivré aussi bien en construction qu'en rénovation. Il récompense les bâtiments consommant moins de 50 kWh/m2.an.

© DR

Faire construire, ça coûte cher. Rénover, beaucoup moins. Le cliché a la vie dure. Mais à la vue des exigences demandées par la Réglementation thermique 2005, on peut en douter… En effet, la RT 2005 impose un seuil de consommation d’énergie maximal de 210 kWh/m2 par an pour les bâtiments anciens qui seront vendus à compter de 2012. Actuellement, un bâtiment ancien consomme en moyenne 350 kWh/m2 par an. Pour 2020, on parle même d’exigences montant jusqu’à 150 kWh/m2 par an. Et même si ces performances ne sont exigées qu’en cas de vente de la maison, certains architectes commencent à tirer la sonnette d’alarme : « Une rénovation revient de 150 à 250 Euro/m² de Shon (Surface hors œuvre nette, Ndlr) : triples vitrages à faible émissivité, renforcement de l’isolation, réduction des ponts thermiques… Il faut donc compter entre 15 et 20 000 € pour le coût moyen de rénovation des 30 millions de logements en France », s’inquiète l’un d’eux sur un forum. Certes, seuls les 800.000 logements anciens faisant l’objet d’une transaction financière chaque année seront concernés, mais le surcoût s’élèvera quand même à environ 14 milliards d’euros ! Quant on sait que le chiffre d’affaire des entreprises du bâtiment est de 60 milliards d’euros hors taxe (dont 13 milliards pour la rénovation énergétique), on peut se questionner sur la capacité de ces dernières à pouvoir gérer un tel surcroit d’activité. Sans parler de l’aptitude de ces entreprises à effectuer ces travaux, dont beaucoup ne connaissent pas parfaitement les subtilités de la rénovation « verte ». Surtout à l’heure où les techniques évoluent d’années en années.

Une réhabilitation à 100000 € pour cette famille lyonnaise

Côté particuliers, évidemment, même avec les crédits d’impôt et diverses aides des pouvoirs publics, la charge n’est pas des moindres. On estime à 25.000 € en moyenne le coût pour rendre conforme aux objectifs du Grenelle une maison de 120 m2 datant des années 80.

Et encore, dans certains cas, l’addition peut être bien plus salée si on est un « jusqu’au boutiste » de la rénovation durable. La famille Bernardin ne dira pas le contraire, puisque, avec leur maison de 26 ans, la réhabilitation va leur coûter… 100000 €. « Grâce à l’Agence locale pour l’environnement de Lyon, nous avons été choisis, avec 200 autres familles, comme pilote pour une opération de réhabilitation », raconte Monsieur Bernardin. Sans compensation financière autre qu’un crédit d’impôt de 8000 €. L’objectif de la famille est pourtant économique : « nous consommions 3000 € en électricité. Avec le nouveau système, ça devrait au moins diminuer de moitié ». Mais au départ, un investissement nécessaire conséquent pour s’équiper en pompes à chaleur et parquet chauffant, panneaux solaires, main d’oeuvre, destruction de l’existant… Certes, les Bernardin n’ont pas fait les choses à moitié mais la rentabilité de leur nouvelle maison ne devrait pas avoir d’effets positifs sur le porte-monnaie avant… 61 ans ! Précisons quand même qu’on estime qu’un investissement en énergie renouvelable type panneaux solaires ou pompes à chaleur est généralement rentabilisé au bout de 10 ans. Un investissement pour la planète certes, mais pas toujours et surement pas immédiatement pour le porte-monnaie.

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