Le chanvre à la rescousse d’un village abandonné du Kreiz Breizh

Reportage
  • rédigé par Kevin Storme

  • publié le 21 novembre 2008 dernière modification depuis plus de 9 ans Vue 5085 fois
C’est un village abandonné comme il en existe des dizaines en Bretagne et en France. Il aurait pu finir sous les ronces et sombrer dans l’oubli. C’était sans compter sur la détermination de Christophe Latouche, un entrepreneur écolo, qui a lancé le pari fou de faire revivre Saint-Antoine en réhabilitant tous les bâtiments grâce au chanvre. Une solution efficace, mais onéreuse.

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Cette rangée de maison a été rendue habitable, tout en gardant son cachet ancien et en y apportant une dimension écologique.

© DR

Saint-Antoine. Un village magnifique, abandonné depuis plus de 20 ans, lové dans les collines du Kreiz Breizh (Centre Bretagne Ndlr), dans l’ouest des Côtes d’Armor. Des maisons délabrées construites en pierre bretonne émergent au milieu des prairies et des bois. C’est ce hameau de 15 habitations des 16ème et 17ème siècles et sa chapelle du 13ème que Christophe Latouche, patron de la chanvrière L Chanvre, a entrepris de réhabiliter au moyen du chanvre, sous l’impulsion de la Communauté de communes Kreiz Breizh. L’objectif : « faire revivre le village ». Un défi à la fois de sauvegarde du patrimoine, mais aussi de réhabilitation, qui pourrait inspirer des particuliers. « Le chanvre est utilisé sous forme de mortier », explique Christophe Latouche. L’avantage principal de ce matériau, c’est sa durée de vie : « non seulement il est inconsommable pour les rongeurs, mais en plus, l’isolation reste toujours efficace. Il n’y a pas de fin ». Une isolation qui devrait permettre de rentrer sans problème dans le cadre de la Réglementation thermique 2005.

Un matériau durable

Ecolo, efficace… Le chanvre n’aurait-il que des qualités ? Oui… Si l’on excepte le volet financier. Même s’il est un apôtre du chanvre, Christophe Latouche lance un verdict sans appel : « la réhabilitation, c’est plus cher que la construction, qu’elle soit faite avec du chanvre ou non ». A 95 €/m2 (pose comprise), on comprend mieux les freins à la réhabilitation au chanvre. Sans parler du coût de l’acquisition des lieux : « bien souvent, l’achat des vieux bâtiments ne constitue que la partie visible de l’iceberg » ajoute-t-il. Néanmoins, investir dans une telle rénovation, c’est parier sur l’avenir, selon lui. « C’est plus cher que d’autres matériaux, mais c’est rentabilisé car on n’y revient plus. En outre, il est possible de diminuer le coup de la main d’œuvre si la personne veut participer au chantier  », nuance l’entrepreneur. La démarche fait des émules et une petite communauté sensible aux attraits du chanvre devrait se former au fur et à mesure de la réhabilitation de Saint-Antoine. En attendant, la boutique - issue de la réhabilitation d’une ancienne demeure elle aussi - vend toutes sortes de produits à base de chanvre… légalement. Pour le plus grand bonheur des touristes.

Chanvre, mode d’emploi

Le chanvre. Une plante qui, dans l’imaginaire collectif, est encore synonyme de stupéfiants. Mais si la culture du « cannabis indica » est toujours interdite, le « cannabis intiva » - aussi appelé « chanvre textile » - est, lui, cultivé en toute légalité. Pour la construction, on utilise l’écorce de sa tige, dénommée « chènevotte ». Ses fibres, une fois broyées, sont malaxées avec un mortier généralement composé de chaux aérienne, et d’autres ingrédients comme, par exemple, de la brique pilée ou du plâtre gros. De l’eau est ensuite ajoutée pour lier le tout. Le mélange ainsi obtenu doit reposer 24 h avant la pose. Cette pâte peut alors servir d’isolant sur des murs déjà existants en brique, pierre ou bois, ou comme matériau de construction à part entière, associée à une ossature bois ou des colombages. Le chanvre est également de plus en plus souvent utilisé pour les sols : dalles isolantes, remplissage entre les solives d’un plancher…

Les avantages du chanvre sont multiples. Il ne se rétracte pas au séchage, épouse parfaitement les formes, ce qui lui confère une certaine souplesse, très utile dans le cas de « raccord », notamment. Il supprime aussi tous les ponts thermiques. Question isolation, il est à la fois efficace du point de vue thermique, mais aussi acoustique. Le chanvre est un matériau ininflammable, fongicide et non attaqué par les rongeurs, ce qui lui confère une durée de vie exceptionnelle. Mais l’atout numéro un de cette plante, c’est qu’elle permet de faire respirer les murs.

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