Le bois de chauffage est-il vraiment écolo ?

Enquête
  • rédigé par Kevin Storme

  • publié le 24 octobre 2008 dernière modification depuis plus de 9 ans Vue 4488 fois
C’est un rapport sur la combustion du bois et la qualité de l’air d’Atmo Rhône Alpes qui a allumé le feu. Le bois-énergie émettrait de nombreuses substances toxiques, dangereuses pour la santé mais aussi pour la qualité de l’air. Des assertions tempérées par les professionnels du bois qui préconisent avant tout un bon usage de cette énergie.

Fumer nuit gravement à la santé. Mais la fumée du bois aussi. C’est en tout cas ce qu’avance le rapport d’Atmo Rhône-Alpes* sur les risques sanitaires du bois-énergie. Selon le rapport, « plusieurs éléments factuels incitent à un encadrement de l’usage du bois-énergie, surtout dans le chauffage individuel, les émissions de polluants présentant des risques sanitaires élevés, plus importants qu’avec les autres combustibles ».

Résultat : une polémique très fumeuse qui échauffe la filière bois, notamment l’ADEME* et les industriels du secteur.

Il faut dire que le rapport est à charge contre l’énergie-bois. Outre les éléments dégagés normalement dans une combustion complète - CO2* et H2O* -, d’autres substances s’ajoutent en cas de combustion incomplète : monoxyde de carbone, suies, goudrons, charbon, COV*, HAP*, dioxines, furannes, etc. « Ces particules fines présentent un impact sur la santé, car elles ne sont pas retenues dans les narines et la gorge mais pénètrent profondément dans l’organisme jusqu’aux poumons puis dans le sang, explique même l’ITEBE* sur son site internet La fraction dite organique de ces particules ainsi que les suies sont réputées particulièrement nocives ». Evidemment, tout dépend du type de chauffage choisi : « entre la meilleure valeur (chaudière à condensation ÖKOFEN sur banc d’essai) et la moins bonne (cheminée ouverte), on passe de 20 g/GJ à 750 g/GJ », relativise l’ITEBE.

Chauffage au bois et pollution atmosphérique

Recommandations fondamentalesimage Recommandations fondamentales

recommandations fondamentales pour le bon usage du chauffage au bois : « se débarrasser des vieux foyers, choisir le bon combustible (propre et sec), bien faire fonctionner son installation, notamment en suivant les conseils de l’installateur, entretenir régulièrement son installation, au minimum avant chaque période de chauffe »

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« Nous ne contestons pas les réalités du rapport », admet Olivier Silberberg, ingénieur thermicien chargé de mission bois énergie chez Arbocentre*. « Il y a bien des particules fines émises par le chauffage au bois ». Du côté de l’ADEME on se borne à marteler le message : « le bois, une énergie d’avenir pour les particuliers ». On imagine bien la panique qui a du saisir les industriels du bois quand on sait que ce matériau constitue la première source d’énergie renouvelable en matière de chauffage dans l’Union Européenne.

Pourtant, chez Arbocentre*, on relativise : « ce rapport peut avoir un impact sur la consommation de bois évidemment, mais il faut voir plus loin que ça et distinguer les différents types de chauffage au bois ».

Exit la traditionnelle cheminée de grand-mère à foyer ouvert : 750g/GJ* de particules contre 20 pour les chaudières à bois classe 3, selon une étude réalisée en 2003 par le CITEPA*. A l’opposé, les chauffages au bois collectifs sont les moins toxiques : « ça n’a rien à voir, les normes sont plus exigeantes et il y a des filtres », souligne Olivier Silberberg. Pourtant, le rapport d’Athmo Rhône Alpes ne semble pas totalement confirmer cette affirmation et reprend les termes de l’étude CITEPA: « le bois est globalement plus émetteur de CO*, particules HAP, dioxines, la plupart des métaux lourds (hormis le mercure et le nickel) et dans une moindre mesure de Nox* et de COV, que le fioul lourd ». Des composants qui pollueraient également l’air extérieur et contribueraient à alimenter les pics de pollution dans les grandes agglomérations. Une expérience pilote menée par l’INERIS* a même été engagée à Méaudre dans le Vercors. D’après cette étude citée dans le rapport, « les caractéristiques du site de prélèvement ainsi que la nature des HAP observés et leur évolution en fonction des températures confirment l’influence non négligeable du chauffage domestique au bois dans les concentrations observées ».

Utiliser absolument les produits et matériaux labellisés

Plusieurs pays ont d’ailleurs fait le choix de mettre en garde contre l’énergie-bois, comme le Canada. « Depuis plusieurs années, les instances gouvernementales ont lancé des campagnes de sensibilisation et d’information pour diminuer les émissions liées au chauffage au bois », peut-on lire sur le rapport. En Allemagne, l’Agence fédérale de l’environnement a publié un guide dans lequel on retrouve quelques recommandations fondamentales pour le bon usage du chauffage au bois : « se débarrasser des vieux foyers, choisir le bon combustible (propre et sec), bien faire fonctionner son installation, notamment en suivant les conseils de l’installateur, entretenir régulièrement son installation, au minimum avant chaque période de chauffe ».

Bref, le chauffage au bois peut être toxique, mais plusieurs mesures existent pour diminuer les risques pour la santé. Avoir un bon matériel, neuf de préférence et/ou bien entretenu, et utiliser du bois sec.

Le problème, c’est que pour supprimer tout risque d’émanation de substances toxiques durant la combustion, le bois doit avoir « séché deux ans », selon Olivier Silberberg. Pas facile de contrôler ce facteur… « C’est très difficile à trouver », concède l’ingénieur d’Arbocentre.

Le cas échéant, le plus simple, c’est de se procurer du bois labellisé, notamment NF bois de chauffage. Côté matériel, il faut impérativement que l’appareil bénéficie du label « Flamme verte ». Un label qui, selon Olivier Silberberg, représente 70 % des appareils de chauffage au bois en France.

« Certaines personnes font un amalgame : ce n’est pas parce qu’on constate la présence d’un polluant que celui-ci est forcément toxique pour la santé : il faut prendre en compte certains paramètres, comme par exemple, la concentration et le degré d’exposition des personnes », insiste par ailleurs Erwan Autret, ingénieur à l’ADEME.

Bref, on ne fera jamais de feu sans fumée… Reste à veiller à ce qu’elle ne noircisse pas trop le bilan du chauffage bois !

*Lexique des sigles et organismes

Arbocentre : Interprofession de la filière forêt bois dans la région Centre
Atmo Rhône-Alpes : organisme public chargé de contrôler la qualité de l’air sur toute la région Rhône-Alpes.
ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie
CITEPA : Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique
CO : Monoxyde de carbone
CO2 : Dioxyde de carbone
COV : Composés organiques volatils
GJ : Gigajoule (milliard de joules)
HAP : Hydrocarbures aromatiques polycycliques
H2O : eau
INERIS : Institut national de l’environnement industriel et des risques
ITEBE : Association européenne technique du bois énergie
Nox : Abréviation utilisée dans le domaine de la chimie, de la pollution et de la qualité de l’air, qui regroupe principalement deux molécules gazeuses, odorantes et toxiques à faible dose : Monoxyde (NO) et dioxyde d’azote (NO2). On y ajoute aussi le protoxyde d’azote (N2O), le tétraoxyde de diazote (N2O4), et le trioxyde d’azote (N2O3)

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