L'Odyssée de la « maison cassée »

Reportage
Rénover tout seul une véritable ruine en deux ans de travail acharné. C'est le défi que s'est lancé Jean-Paul – alias Moellon – et qu'il est en passe de réussir. Revue de détail d'un chantier pas comme les autres, mené tambour battant par un personnage hors du commun...

La maison cassée version brutimage La maison cassée version brut

La ruine dans toute sa splendeur en mars 2005, lorsque la famille s'installe dans la caravane juste en face.

© Moellon

Mars 2005. Jean-Paul - alias Moellon - et sa petite famille emménagent dans leur… mobil’home, juste en face de la future maison, une ruine à rénover. Même si elle vient d’être achetée à bon prix (6000 €) par le ménage, elle mérite amplement son « titre » : « L’état de délabrement de la masure et la somme des travaux à réaliser n’a pas suscité d’euphorie ni d’enthousiasme de notre part  », se remémore Moellon. «  Le responsable de la DDE a d’ailleurs beaucoup ri en voyant les photos. Les murs étaient maintenus entre eux par des tirants, les dégradations dûes à l’usure du temps, le manque d’entretien, l’inoccupation des lieux durant des décennies, et les 2 grosses tempêtes de 1999 avaient fini par la rendre dangereuse. Un hiver de plus aurait eu raison de sa stabilité ». Bref de quoi effrayer le commun des mortels… Sauf visiblement notre ami Moellon. Il faut dire que ce gaillard de 50 ans aux faux airs de Mr Propre et aux expressions à en dérouter plus d’un est d’un enthousiasme débordant. Un vrai caïd de la débrouille qui ne rate pas une occasion de partager son projet.

Travail de titan à plein temps

Maçon de métier depuis 1981, Moellon n’est pas né de la dernière bétonnière et s’embarque dans cette entreprise en solitaire… Mais tout de même à plein temps ! D’ailleurs, ce dernier émet lui-même de nombreuses réserves sur l’exemplarité de sa démarche. « Sans être prétentieux, certains travaux ne sont pas à la portée du novice, de par l’expérience qu’ils demandent, mais surtout par le danger omniprésent inhérent à tout travail de rénovation  » préfère-t-il avertir. « Maçon pendant près de 20 piges, ça aide grandement pour juger de la somme de travail que représente la rénovation de cette ruine. La chronologie des travaux était déjà ancrée dans mon esprit durant les quelques visites faites au « Château ».

Le salon à ciel ouvert...image Le salon à ciel ouvert...

Avant de pouvoir construire, il faut casser... Ce qui reste des murs est donc en grande partie détruit.

© Moellon

Le programme des travaux est énorme : charpente et couverture à refaire à neuf, nombre de murs à démonter/remonter, joints de maçonnerie à refaire, viabilisation du terrain, création d’ouvertures, d’un plancher pour l’étage, en passant par la réfection d’un four à pain, etc. Pour avancer étape par étape, Moellon a du secouer sa matière grise : « Il faut penser, cogiter, se faire des brainstormings incessants et surtout anticiper sur la prochaine tâche pour éviter de se faire piéger et bloquer par négligence ou précipitation dans l’exécution d’une phase ! »

Aujourd’hui, le chantier a bien avancé mais Moellon ne voit pas pour autant de date butoir. Le couple vit dans la maison, mais doit encore utiliser la caravane pour les sanitaires… «  Une maison est un chantier perpétuel et subit en permanence des changements fréquents ! Tantôt une extension à réaliser, un clôturage à refaire, un jardin à créer, etc. » Quant aux finitions intérieures et à la décoration, ce sera l’affaire de « Miss Moellon ». « C’est son domaine, c’est là que commencera son aventure à elle ».

Avoir une maison à soi

« J’ai pas mal galéré et je me classe dans la catégorie des instables, tant au niveau du boulot que dans la vie tout court », philosophe Moellon. « Mais arrivé à l’âge disons de "raison", ça me semblait être le bon moment de me poser la question de savoir ce que j’avais réellement fait de ma vie. Résultat : un constat peu glorieux. Pas un copec d’avance, vivre au jour le jour, déménager souvent et surtout, rien à moi ! » Et voilà qu’arrive l’opportunité de cette ruine, « dont personne ne voulait ». Moellon saisit cette occasion d’avoir enfin une maison à lui. Et aujourd’hui, il est évidemment fier de qu’il a réussi à en faire : « Faire revivre une grand-mère de plus de 200 printemps et y voir pousser mes filles ! »

C’est le chantier de sa vie. « A bientôt 50 ans, il me fallait à ce moment, laisser une trace à mes enfants avant de partir en enfer. » Quand on lui parle de reprendre l’aventure à nouveau, Moellon répond, non sans malice : « C’est pas les ruines qui manquent et comme disait Yvan Rebroff : "ah si j’étais riche"…  »

Les chiffres-clés

Les chiffres-clés

Achat initial : 6 000 €

Surface habitable : 160 m²

Début des travaux : le 1er avril 2005

Emménagement dans la maison : Mai 2007

Budget global : inférieur à 100 000 €

Âge du « Moellon » : 49 ans

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