Les détecteurs de fumée bientôt obligatoires dans toutes les habitations

Enquête
  • rédigé par Kevin Storme

  • publié le 11 décembre 2008 dernière modification depuis plus de 8 ans Vue 7349 fois
800 décès et 10.000 brûlés par an en France. Les incendies provoquent chaque année une véritable hécatombe. A la suite d'un feu ayant tué 15 personnes dans sa circonscription il y a 16 ans, le député Damien Meslot a proposé, il y a 2 ans, une loi imposant l'équipement d'un détecteur pour toutes les habitations. On attend encore les décrets d'application. En arrière plan, les intérêts de puissants lobbys...

Incendie de maisonimage Incendie de maison

Plus de 200.000 habitations sont la proie, chaque année, d'un incendie, du plus anodin au plus grave...

© rmwood1

Vendredi 28 novembre 2008. Achicourt dans le Nord. Il est 23h quand un feu se déclare dans une fermette. Alors que toute une famille dort, une alarme incendie réveille les deux adultes et leurs enfants et leur permet d’échapper aux flammes. Sans leur détecteur de fumée, les quatres occupants de la maison ne seraient peut-être plus là pour en parler. On compte en moyenne 800 décès et 10.000 brûlés par an dans des incendies d’habitation et plus de 250.000 incendies en France. 30 % des incendies ont lieu la nuit et ce sont ces derniers qui causent 70 % des morts. Une des explications : seules 1 % des habitations sont équipées de détecteurs de fumée, contre plus de 90 % aux Etats-Unis, au Canada ou en Norvège. C’est pour cela que, depuis deux ans, une proposition de loi sur l’obligation d’installer un détecteur de fumée dans toutes les habitations est sur le feu. Une proposition qui traine pour cause de « navettes » incessantes entre le Sénat et l’Assemblée Nationale. L’objet de la discorde : « la force des lobbys », selon Damien Meslot, député UMP, rapporteur de la proposition de loi. «  Les offices HLM, les gros propriétaires immobiliers et quelques hauts fonctionnaires ont tout fait pour que l’adoption de cette loi soit ralentie », explique-t-il. L’enjeu : financier évidemment… Equiper 30 millions de foyers en détecteurs de fumée ne se fait pas en claquant des doigts. Alors qu’au départ la charge du détecteur incombait aux propriétaires de l’habitation, la nouvelle mouture de la proposition de loi prévoit que c’est à l’occupant de mettre la main au porte-monnaie. A raison de 15 à 20 € le détecteur, pas sur que cela ravisse les ménages les plus modestes, surtout en temps de crise. Damien Meslot rétorque que « l’investissement reste dérisoire au regard des 400 vies sauvées par an selon les estimations ». En tous cas, cette modification au texte initial a probablement rassuré les bailleurs sociaux et autres grosses agences immobilières.

Côté assureurs, au départ, on ne voulait pas entendre parler de cette proposition de loi. « Elles ne souhaitaient pas que l’on fasse appel à leur financement », ajoute Damien Meslot. Aujourd’hui, selon le député, le projet est mieux passé et certaines commencent même à offrir à leurs clients un détecteur.

Des détecteurs capables du meilleur, mais surtout du pire

C’est l’UFC-Que Choisir qui a mis le feu au poudre, il y a deux ans, lors d’un test portant sur douze détecteurs de fumée. Sur les douze, seuls trois ont obtenu une note supérieure à 15/20. Pire, trois sont recalés et l’organisme a même saisi la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) pour retirer ces produits du marché. Pour les neuf autres, la moyenne globale peine à atteindre les 10,5/20.

Parmi les principaux critères de sécurité, on retiendra l’évaluation de la sensibilité et les réactions à la fumée de différents matériaux : bois, coton, mousse et hydrocarbures.

Le meilleur, selon l’UFC-Que Choisir est le Kidde PE9 : bonne sensibilité, excellente réaction aux fumées de coton, d’hydrocarbures et de mousse, même si la réaction au bois est moyenne. Avantage de ce dernier, son prix : environ 20 €. Made in China, n’en déplaise à certains… Juste derrière, l’Omega de France DAAF : à peu près les mêmes performances que Kidde PE9, mais à un prix nettement plus… brûlant : 70 € ! En troisième position, Vesta, de Fare, s’en sort bien avec 15/20, mais au tarif de 50 €…

Ensuite, les prix chutent, les performances aussi. 12,5/20 pour l’EI Electronics qui sauve la face, même si la réaction au feu de bois est carrément médiocre, mais un prix abordable de 34,20 €. Et 4/20 ( !) pour les RM126 d’Elro et D200 d’Otio.

Les recalés à éviter à tout prix : MTS166 d’IDK, Det2 de Sicli et Chacon 34650 : aucune sensibilité, peu de réactions et des prix parfois déments : 85 € pour le Chacon 34650. Comme quoi prix ne rime pas forcément avec qualité. Et il faut espérer que les détecteurs qui seront homologués par le Gouvernement ne le soient pas uniquement sous la pression de fabricants…

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